Volutes

(Ma participation à l’atelier d’écriture qui consiste à illustrer la photo ci-dessous d’Antoine Vitek)

Sur le mur blanchit par la lumière, son ombre se développait, vivante, mobile et volubile. Autour de son visage, ses cheveux jouaient avec la lumière avec grâce, rebondissant sur ses épaules. Parfois elle allait trop vite.

Lassé par ses mouvements incessants, il prit de la distance, et plongea dans l’obscurité de la petite chambre. Les voilages clairs mais épais, laisser filtrer des rayons tamisés du soleil brûlant. Il sentait les gouttes perler sous son polo. Il pris place dans la pièce décorée avec des meubles chinés de l’autre côté du monde. A eux tous, ils conversaient de la mer des Célèbes, de l’île de Florès ou de Palawan, ou encore de Bali. Dans la demi pénombre il s’imprégnait de ces histoires exotiques, et machinalement tira de sa poche un paquet mou de cigarettes, écorné et passé, et en alluma une. Le bruit subtil du grésillement de sa première bouffée lui rappela la jeune fille qu’il avait charmé à la Sorbonne, et qu’il avait précisément ramené ici. En expirant délicatement, il joua à former des volutes figuratives dans la noirceur de la pièce. La fumée s’élevait en spirales évocatrices, miroir idéal du temps, puisqu’il y voyait se jouer ses souvenirs, ses craintes et ses rêves.

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Cette satané manie, cette dépendance pourtant l’ennuyait. Il essayait de s’en détacher en vain. En soufflant cette fumée tranquillisante, dans l’air encore chaud du début de l’automne, il donna naissance à une silhouette féminine généreuse, et pensa immédiatement à elle. Comment pouvait-il à ce point trouver des situations du quotidien pénibles, et ne pas réussir à la quitter ? En amour les choses ne sont pas mathématiques, ne sont pas binaires, et ce ne peut pas être tout l’un ou tout l’autre. Et parfois en poussant la compréhension trop loin, on pouvait accepter des choses déplaisantes, être un autre, quelqu’un loin de soi. La forme vaporeuse s’étirait à présent, devenant monstrueuse, son visage pareil à celui de la mort. Il pensa à la nocivité de ses dépendances, il fallait stopper ce sabotage. Peut être valait-il mieux prendre les choses par le menu. La forme à présent se délitait, et comme un écho, il entendait sa voix à elle emplir déja la petite cour à l’extérieur. En se levant de cette douce torpeur, il alla vers la poubelle, y jeta son mégot, et la totalité de son paquet plié. Une bonne chose de faite. Il rassembla son courage, il fallait qu’il lui dise à présent.

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