The we and the I (Michel Gondry)

affiche-the-we-and-the-i Ça commence par un étonnant rituel : récupérer son téléphone portable à l’épicerie d’en face en sortant de classe en raison de son interdiction dans le collège. Etonnant, car il démontre combien cette règle est observée par les collégiens agités.

Succession et multiplication des plans de l’épicier au travers des sacs en papier qui reconnecte un par un ces adolescents au monde. Ça fourmille et ça piaille.

On embarque assez rapidement pour le film, à bord du bus, qui semble en ce dernier jour de classe, déposer les enfants dans leur vie d’adultes. Le rythme est donné par les arrêts de cette ligne du Bronx, qui minute le film en mettant le projecteur tantôt sur une personne tantôt sur une autre. Pour montrer la simultanéité des conversations, plusieurs histoires se croisent, parfait « zapping » des plans, qui donne l’impression que nous sommes dans le bus à tendre l’oreille pour capter différentes conversations.

On aborde les personnages dans leurs groupes sociaux respectifs avant de les découvrir dans leur individualité. Cette démonstration évidente est le cœur du film en même temps que son titre. Il est en fait, encore plus intéressant, de ré-esquisser les « je » à l’intérieur de leurs groupes à l’issue du film.

Au sein du film, un trio improbable (un des caïds de la bande, la plus jolie fille, et la bouc-émissaire), dont la complexité reflète bien les temps actuels : les deux filles ne se battent pas pour le garçon, mais le semi-couple se dispute la jolie fille. Surprenant par certains aspects de son scénario, comme par la complexité des personnages (la jolie fille est aussi hyper nerveuse, le grand timide occupe toute la scène une fois le bus vidé, etc…), ce film donne une image juste de la jeunesse actuelle. Un des leitmotivs est la vidéo tournée par un des héros avec son téléphone. Il s’agit d’une glissade de son ami sur le sol qu’il a préalablement beurré. La vidéo est montrée dans le bus sur l’écran du téléphone, et elle passe de gag qui déclenche immédiatement le sourire, au lien social quand elle est envoyée à tout le bus, au signe d’acceptation quand elle est enfin reçue par la bouc-émissaire, pour finir comme témoignage légendaire. Cette pratique caractérise les nôtres en reprenant un code social très répandu aujourd’hui (partage de gags, format vidéo sur téléphone etc…)

Si le film dresse une image si proche de la réalité c’est qu’il s’agit d’un presque d’un documentaire, notamment parce que le scénario s’inspire de l’expérience des jeunes comédiens amateurs, et que la manière de filmer transmet l’immédiateté des situations.

Un film dont l’énergie déborde et qui nous transporte littéralement !

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