Pour la première et pour la dernière fois, Sophie Calle à la Galerie Perrotin (Paris 3)

Quittant la cour intérieure de la galerie Perrotin, on débarque sur les rives d’Istanbul grâce aux différents écrans télévisés à l’intérieur de la première salle.

On contemple la mer et le dos de ces personnes dont on ne sait pas encore qui elles sont. En réalité, il s’agit d’aveugles avec qui Sophie Calle a travaillé, sur le projet [Voir la mer, 2011] qui découvraient la mer pour la première fois. Filmés de dos, on sent leurs émotions, puis ils se retournent laissant paraitre leurs sentiments. La séquence dure plus ou moins longtemps, suffisamment pour nous faire réagir simplement aux expressions corporelles et à celles plus détaillées de leurs visages.

Dans les salles qui suivent, on pénètre d’une autre façon dans l’histoire d’autres personnes aveugles qui rapportent aussi précisément que possible quelle a été la dernière image qu’ils ont vue avant de perdre la vue. Accident, opération ratée, maladie progressive, leurs histoires poignantes sont illustrées par leur portrait, souvent dans la situation rapportée, ainsi que l’image la plus fidèle possible reproduite suite à leur récit. Sophie Calle parle de ce projet [La dernière image, 2010] en ces termes « Je suis allée à Istanbul. J’ai rencontré des aveugles qui, pour la plupart, avaient subitement perdu la vue. Je leur ai demandé de me décrire ce qu’ils avaient vu pour la dernière fois. ».

Extrait de l’exposition :

“La Dernière Image. Aveugle au minibus, 2010”
« L’œil droit c’est un accident, une poignée de porte, à l’âge de dix ans. Le gauche, c’est une erreur médicale. J’avais un glaucome. Le 21 juillet 1981, je me suis rendue chez le docteur. Simple contrôle. Il m’a injecté une solution pour agrandir la pupille. Il a dû se tromper de flacon… Je suis sortie du cabinet médical, tout allait bien, j’ai marché en direction de l’autobus, et tout est devenu flou. La dernière chose que j’ai vue, c’est le bus comme un nuage rouge »

Cette exposition poignante interroge sur le regard et la perception. Certains ont gravé des images indélébiles dans leur mémoire, d’autres sentent que ces représentations disparaissent peu à peu. Sophie Calle fixe ces images pour eux, en nous les faisant partager. Un joli moment d’intimité qui parle au plus profond de nous.

A découvrir :
Galerie Emmanuel Perrotin
76, rue de Turenne
75003 Paris

2 Comments

  • sYsIphe dit :

    Merci de nous faire découvrir cette gallerie … ta description de « La dernière image » est en effet, poignante.

    • Gaelle dit :

      Merci Jérome, cette expo était vraiment très poignante. J’y suis allée in extremis et je pense que tous les visiteurs (on était assez nombreux) y ressentaient quelque chose de très personnel…

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