Point de vue sur Pushkar, du haut du Savitri Temple (Voyage en Inde, Rajasthan)

Il est tôt ce matin là quand nous nous rendons à la foire de Pushkar. Au premier coup d’oeil dehors, nous apercevons le vol majestueux des montgolfières, pressées d’effectuer leur course à l’ascension. Nous sommes tous les deux silencieux, tandis que nous regardons confondre leur forme douce avec celle du soleil. Nous aussi nous nous apprêtons à grimper de bon matin. 

La légende raconte que Brahmâ après avoir mené un combat contre un démon, lâche trois pétales de lotus qui se trouvaient alors dans ses mains. A l’endroit où les pétales tombent, trois lacs se forment. Cet acte donna ainsi son nom à la ville : “push” qui signifie “fleur” et “kar” désignant la main. Quelques temps après la création des lacs, le dieu créateur organise un sacrifice religieux et invite tous les dieux à la cérémonie sacrée. Selon le rituel, Brahmâ doit être accompagné de sa femme Sarasvati. Celle-ci en retard pour l’événement, ne se présente pas à temps. Son époux contraint d’être accompagné d’une femme pour effectuer le rituel, désigne alors une jeune et belle bergère appelée Gayatri. Fille de nomades, elle conduisait son troupeau sur la colline. Brahmâ l’épouse sur le champ et effectue le sacrifice. A son arrivée Sarasvati furieuse, maudit son mari, décrétant qu’il serait oublié de tous à part à Pushkar et qu’il ne serait vénéré que dans cette ville. Si l’on trouve son temple en plein coeur de la ville, deux autres temples dédiés respectivement à Sarasvati (ou Savitri) et Gayatri se situent tous deux en hauteur, chacun sur les deux collines qui dominent la ville.

La ville est aussi le lieu où chaque année au mois de novembre se déroule la plus grande foire aux chameaux du pays. C’est une fête énorme où les marchands amènent tous leurs plus belles bêtes. Des familles entières viennent passer plusieurs jours et le campement s’étend sur des kilomètres. Il s’agit aussi de pèlerins venus se recueillir sur les rives sacrées de la ville.

La ville et les stands de la foire hier si animés, sont encore endormis. Ici une dame balaye doucement le sol devant son étal, là un petit groupe d’hommes se dirige vers le centre de la foire, et les enfants ont pris le chemin de l’école.

Nous nous éloignons de la ville à proprement parler et nous prenons le chemin de l’une des collines qui surplombe le paysage. Nous grimpons ce matin à l’assaut du Savitri Temple. Sur le chemin, nous pouvons observer les rituels quotidiens des habitants.

A mesure que nous avançons nous laissons d’un côté la ville, de l’autre la foire, et nous observons la foule avec plus de recul.

Nous arrivons bientôt au pied de la colline, et une volée de marches nous attend. Dans la montée une petite dame semble se battre avec la pente.

En nous approchant, il est possible de discerner ses psalmodies chuchotées. Elle est en pèlerinage vers le temple, et prie tandis qu’elle effectue l’ascension. Cette marche est pour elle un moyen de se purifier le corps et l’esprit. Je me laisse gagner par la magie des lieux… A peine quelques mètres plus loin, et les voiles me semblent en trop, j’essaie de m’alléger un peu plus sans trop me découvrir. La foule en bas parait lointaine et diffuse. Au détour d’un virage, j’aperçois les cabines qui montent vers le sommet, pour ceux qui ne peuvent l’atteindre en marchant.

L’ascension est une affaire très personnelle, même si tous ceux que nous croisons sont la plupart du temps en groupe, et s’entraident pour parvenir à gravir la pente. Au long de cette ascension qui dure une bonne demi-heure, nous foulons 580 marches et nous voyons la ville et le paysage nimbée de brouillard. Ce même voile opaque qui a couvert l’Inde du Nord ces derniers jours, une pollution provoquée par les pétards et les feux d’artifices de la fête de Diwali (fête des lumières). Les fumées emprisonnées ont provoqué ce nuage épais.
Pour moi, chasseuse de brume, c’est d’une très grande beauté. La végétation émerge à peine. Face aux éléments et dos à la pente, il est plus facile de se recueillir.

Je m’amuse à deviner les arbres en contrebas, à comprendre le relief, à jouer avec les plans et les versants plus proches de nous. Ici on distingue tout de même un peu de civilisation, une route, des bâtiments…

La grimpette continue et les regards de salutation de ceux qui descendent sont emplis d’empathie pour les gens qui entreprennent l’ascension. En bas, la ville disparaît presque dans le brouillard, et le chemin devient de plus en plus vertigineux. Les 250 dernières marches sont parait-il les pires. Je n’ai pas compté, perdue dans ma contemplation.

En me retournant en effet, je vois la pente se dessiner sous les savates essoufflées de ceux qui descendent. Les gens qui sont à nos côtés, étonnent par leur âge et leur très bonne condition physique. Ils ont gravi, tantôt le ventre collé à la roche, tantôt se tendant la main, toute la colline, avec leur équipement sommaire, sans eau et avec sur les lèvres leur mantra fidèle.

Au  sommet, le Routard ne ment pas, « singes et buvette à l’arrivée ». Je n’ai plus le souvenir de la seconde, mais la famille de singes forme un comité d’accueil original.Il est possible de visiter le temple dédié à Savitri, mais nous faisons un petit tour des lieux.

Après avoir bu un peu et avoir retrouvé un peu notre souffle, nous entreprenons la descente. Ici c’est beaucoup plus simple même si tous, autour de nous, redoublent d’attention pour éviter la chute. Face au paysage, le point de vue diffère et nous avons l’impression de faire partie de la nature environnante.

Nous croisons la route de familles, de personnes qui font une halte paisiblement. Même si on en prend plein les cuisses, la descente est bien plus aisée. Nous distinguons la ville au loin, et la foire sur le côté qui se mêle aux champs.

Nous arrivons bientôt en bas, riches de ce magnifique pèlerinage. Une très belle balade qui vaut le coup d’oeil.

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