Perfect mothers (Anne Fontaine)

Encore une fois, il ne faut pas se fier aux bandes-annonces. Celle de « Perfect mothers » ne donne pas vraiment la vision exacte de ce que réserve le film. Le propos est métaphorique, tout comme le laissent le deviner les nombreux indices et repères qui jalonnent le film, loin de se réduire à un simple quatuor que le sexe réunit.
Au commencement deux petites filles d’une dizaine d’année dévalent une pente menant à la mer. Cette route faite de bitume, puis de sable sillonnant dans les arbustes, pour parvenir à la plage, elles l’effectueront leur vie durant, toujours ensemble, et accompagnées par différentes personnes. Le scénario ne traine ni ne s’attarde. Les plans du début installent d’emblée la mer, comme repère élémentaire qui fait le liant. C’est elle qui apaise, unit, entoure, protège. C’est elle qui voit se dérouler ces liens d’amitié, d’amour et ses unions qui défient la morale.

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De l’attachement des fillettes qui cherchent refuge sur une jetée flottante qui offre l’illusion de dériver en sécurité, on les retrouve adultes et chacune mère d’un petit garçon. Lil vient de perdre son mari. Roz l’épaule. Ian le fils de Lil, accuse la perte de son père aux côtés de Tom, le fils de Roz, face à la mer. Pour se changer les idées, encouragés par le père de Tom, ils partent vers la mer pour surfer.

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Une vague déferle, et ils sont adolescents. Bien bâtis, ils sont dans la force de l’âge. Les deux femmes les observent depuis leurs serviettes sur la plage, fières de leur progéniture. C’est leur monde : leurs grandes maisons modèles avec la vue imprenable sur la baie, la mer proche, le temps paradisiaque. Leurs vies se résument à leur travail dans la même société, leurs promenades au bord de l’eau, leurs virées nocturnes dans les restaurants et bars de la ville, et leurs soirées arrosées chez l’une ou chez l’autre. Leur refuge reste la jetée flottante, qui permet de s’abstraire du monde terrien, des tracas. On peut se demander ce que chacun cherche à fuir là, sur cette planche de plastique. Le monde qu’ils ont bâtit est déjà hors des réalités. Leur équilibre est fait de répétition des gestes, des activités, de rires, de souvenirs d’enfance pour les deux amies.

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Mais dans cette bulle, avec les garçons qui grandissent, les rapports entre les quatre individus vont déraper. Croisant les attaches, ils vont envisager l’inconcevable. Les deux amies en tremblent, se l’avouent, pèsent le pour et le contre, confrontent les actes à la morale. Les garçons sont tenaillés par leur colère, leur amour, leur jeunesse. Est-ce vraiment les liaisons en elles-mêmes qui sont à retenir ? Pas forcément, car tous les quatre y placent quelque chose de différent, un sentiment particulier et l’envisage avec son caractère propre. On constate l’amour inconditionnel de Ian, la retenue, la force et la passion de Roz, la tendresse maternelle de Lil ou la jalousie et l’impétuosité de Tom. L’étonnant quatuor vit ainsi pendant deux ans. Faisant le vide autour de lui. Les deux femmes maintenant leur bulle et leurs repères pour que personne ne viennent l’ébranler.

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Pourtant, un jour elles ont une discussion cuisante, celle de devoir laisser leurs enfants grandir, les laisser faire des rencontres, les laisser s’en aller. C’est une idée qu’elles envisagent avec douleur à force de pleurs, se serrant l’une contre l’autre, en déclarant qu’elles devront se serrer les coudes. C’est là sans doute le cœur du propos. Ouvrir leur monde à d’autres qu’elles.

Les garçons rencontrent leurs futures femmes, qu’ils transforment aussi vite que possible en mères. Lil et Roz deviennent « Grands-mères » comme le titre original du roman adapté de Doris Lessing, de deux petites filles. Comme le dit Roz elles les gâtent, et s’insinuent à nouveau dans les rapports de famille. Les petites les adorent, les réclament sans cesse. Elles se rendent indispensables, veulent les coucher, les ramener, bref occuper la place centrale. La femme de Tom, la moins dupe, s’interpose et sera la première à hurler à la folie, à dénoncer leur comportement amoral. Mais ce n’est pas tellement l’évacuation des intrus qui importe à ce moment, c’est davantage une trahison entre les deux amies. Un secret qui n’a été avoué. Roz accuse le coup avec difficulté. L’équilibre n’a pas été respecté.

Dans ce conte invraisemblable et incestueux, peu importe que l’histoire soit plausible ou non. Ce qui se lit c’est la force de l’amitié et la perversité de ce qu’elle entraine dans les rapports des deux femmes, avec leurs maris, avec leurs fils ou avec leurs petites filles. Pas un instant on ne s’ennuie dans ce monde en retrait, le scénario bien ficelé est assuré également par un casting solide. Et l’analyse des relations est fine, dérangeante et facilement applicable à la réalité, même si on évite de l’envisager aussi incestueuse que dans le film.

A voir :
Perfect Mothers, un film américain d’Anne Fontaine (1h51)

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