Paul Graham au BAL (Paris 18)

C’est sans détour que nous pénétrons dans les vies des américains photographiés par Paul Graham au BAL. L’espace d’exposition propose deux pièces reliées par un escalier avec deux regards sur le monde social britannique. C’est d’abord la présentation d’une réalité brute qui résonne comme une critique du système dans la série Beyond Caring ,(1984-1985).

On y ressent l’absurdité du monde administratif, et plus précisément celle des antennes d’aides sociales débordées par les innombrables demandes des gens souffrant de la politique monétariste de Margaret Thatcher. Pendant des années il arpente les couloirs et les salles d’attente des aides, et en capte l’ambiance transgressant l’interdiction de photographier. Son appareil posé à côté de lui capture les sols et les plafonds, des zones perdues, qui participent à l’attente interminable. « En affichant la violence économique infligée à une large part de la population par le Thatchérisme du début des années quatre-vingt, ce travail était un geste de combat. Ce n’était pas une position de principe, c’était ma situation personnelle. J’étais au chômage et donc les allocations, les formulaires, les salles d’attente, et les entretiens fleuves faisaient partie de ma vie » dit-il.

Au bas de l’escalier, l’espace semble plus grand, et l’accrochage comme les formats contribuent à nous placer au cœur des rues de New York.

C’est effectivement un regard contemplatif sur les new yorkais, que pose Paul Graham dans la série The Present (2011). Cette street photography effectue avec douceur des arrêts sur image dans le flux perpétuel des rues de la ville. En deux temps et en deux prises, les instants se déplient et révèlent des événements ou des personnages. L’utilisation de la lumière et de la mise au point fait le focus sur un personnage ou un autre suivant le moment de la prise, et montre de la même scène différents aspects.

Compléter la visite par la consultation de quelques autres des œuvres de Paul Graham dans le salon de lecture est bienvenue. On comprend qu’il propose au milieu des années quatre-vingt une photographie documentaire et critique qui ose la couleur, ce qui était très controversé à l’époque pour ce type de sujet. Dans Trouble Land, il cherche à dépasser les clichés qui sont montrés sur les troubles en Irlande du Nord, en traduisant l’inquiétude qui se trouve dans l’air du temps dans les paysages mêmes.

Dans Shimmer of Possibility, il propose de petits haîkus imagés de scènes du quotidien, où les personnes deviennent acteurs d’une vie sur laquelle on place le projecteur.

Une exposition pas très longue mais immersive !

A voir :
Paul Graham
14 septembre au 9 décembre 2012
Le BAL

6, Impasse de la Défense
75018 – Paris

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