Pastoral, Alexander Gronsky & Genesis, Sebastião Salgado à la Polka Galerie (Paris 3)

En rentrant dans la Polka Galerie ce samedi, j’ai été surprise par le monde qui se pressait près des photos (il est loin le temps où je profitais des galeries après le boulot ou à ma pause déjeuner). Mais la consultation reste tout à fait acceptable et la circulation est fluide à l’intérieur des pièces. Venir à la Polka Galerie, c’est toujours un plaisir, en raison de la qualité des expositions et du lieu où la cour pavée sépare les deux espaces de manière agréable.

Pastoral, Alexander Gronsky

En arrivant donc, on fait très vite abstraction des gens, en étant tout à fait absorbés dans les photos immenses d’Alexander Gronsky. Concentrant son attention sur les paysages, il parvient en effet à capter de rares moments de détente bucoliques dans un monde de béton, de fumée et d’industrie.

pastoral-2012, Daily Life , 3rd prize stories , Alexander Gronsky

Pastoral est un travail qu’il entreprend pendant plusieurs années, de 2008 à 2012, pour montrer l’harmonie de l’homme et de la nature, dans les banlieues de Moscou. « J’avais besoin de trouver un lieu qui n’appartienne ni à la nature, ni à l’humain : la périphérie urbaine, cette frontière entre l’habitat et le chaos. Des zones ni urbaines ni rurales. Des lieux sans dénomination.»

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Ses images soulignent l’effet de l’homme sur l’environnement, tour à tour agissant sur lui, et se lovant en lui comme dans un décor salutaire.

Il explore lors de ses précédents travaux des espaces désertiques dans des régions reculées de la Russie et travaille sur des zones qui peu densément peuplées.

Ses images révèlent une vie insoupçonnée, qui semble fragile au milieu d’un environnement pris dans l’antagonisme de la modernité et de la pureté de la nature. Chacun observe comtemplatif, ces étendues tranquilles, sur lesquelles l’industrie laisse une empreinte parfois discrète mais cuisante : que ce soit un chapelet de sommets d’immeubles gris ou une fumée d’usine.

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Pourtant dans ses compositions chaque élément concoure à produire une impression de sérénité, et à capter des instants de vie paisibles, dans lesquels les gens semblent s’abstraire du monde industriel pour ne considérer que la tranquillité que leur offre l’espace de verdure, ou de neige.

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Mieux encore la population réinvente les espaces en leur attribuant une nouvelle fonction : le terrain hostile d’un chantier se transforme ainsi plage de sable, un jardin offre l’occasion d’une séance de bronzage incongrue, ou les minces espaces de verdure à la lisière de la ville deviennent une zone de pique-nique.

L’insouciance saisie tranche avec la menace de la ville qui se lit toujours dans un coin de l’image. L’impression esthétique se teinte alors de calme, de paix mais aussi d’inquiétude.

Genesis, Sebastião Salgado

Ici aussi il est question de paradoxe, chez Sebastião Salgado, ancien économiste, ce sont ceux du progrès qui sont fixés, et qui constituent désormais de véritables documents. Dans Genesis, il livre une imagerie puissante, qui bouleverse. Son esthétique où le noir et blanc parvient à créer une matière particulière, luisante, presque sculpturale.

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Ici ça commence à grouiller, de tous les êtres de la terre : hommes, animaux, et certaines images où l’on distingue plus les hommes, les choses, et où la terre seule s’occupe de faire le mélange.

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C’est elle comme matrice qui est le sujet de cette magnifique série. On l’observe presque en coupe, comme si elle s’ouvrait sous nos yeux, dévoilant ainsi tous ses habitants, en prise avec la modernité, la construction, le pétrole, les marées menaçantes…

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Mise à nue, c’est la nature presque à vif qui nous apparait, et nous mesurons l’ampleur de certains travaux entrepris.

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Le quotidien dément des ouvriers sur un chantier pétrolier ou cette fresque qui fait cligner des yeux devant autant de détails, d’activité et d’éléments qu’on n’est pas sûr de bien discerner.

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Il est alors possible de lire cette série comme un appel à la prise de conscience pour que l’homme réagisse avant qu’il ne soit trop tard. En visitant l’exposition on découvre, comme c’était l’intention de la Polka Galerie, à la manière de « témoins éclairés » cette réalité qui nous permet de mieux « comprendre le monde ».

A voir :
Pastoral, Alexander Gronsky &
Genesis, Sebastião Salgado
Polka Galerie
12 rue Saint Gilles
75003 Paris

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