Passion (Brian de Palma)

Malgré les critiques extrêmement partagées sur le nouveau film de Brian de Palma, je me suis dit dès les premières minutes que ça me plaisait bien.

passion

Très rapidement plongés dans un univers réaliste, qui nous enveloppe en ne laissant pas vraiment de barrière entre nous et l’action qui se déroule, le film nous rapproche très près de ses personnages. Christine tout d’abord, la blonde, directrice d’une agence de pub à Berlin, qui attend l’opportunité de pouvoir retourner à New York ; Isabelle, la brune, notre héroïne, directrice de clientèle, qui anticipe les attentes de ses clients et note la nuit ses idées créatives ; et Dani, la rousse, chef de pub qui maitrise les sujets opérationnels sur leurs clients. Le ton est donné sur l’ambiguïté de leurs rapports, dû au le temps qu’elles passent ensemble, à leurs rapports hiérarchiques, et à leurs obligations professionnelles.

Si l’univers de l’agence de pub est vu et revu, son interprétation dans le film est plutôt pertinente, car elle permet de planter un décor froid et actuel, où les gens sont habitués à travailler dans des bureaux vitrés, où il faut composer avec la transparence. On transpose donc cela rapidement à des situations connues, où les murs de verre, et les reflets révèlent, et se confondent avec des écrans d’ordinateurs, de télé, ou de téléphones portables. Notre héroïne y évolue au rythme d’horaires tardifs, de moments transitoires dans des lieux de passage (le parking, l’ascenseur…), ou de réunions. Ces lieux anodins et impersonnels sont propices à l’introspection, en mettant en lumière ces endroits que l’on arpente tous les jours, le focus est mis sur le ressenti du personnage et l’on s’y projette facilement.

Passion_De-PalmaLe désir est omniprésent qu’il soit sensuel, sexuel, de vengeance ou de réussite. Il traduit un besoin de possession qui s’exprime par l’envie d’être en s’appropriant autrui. Les plans très rapprochés dès le début du film, montrent les personnages dans le détail de leurs visages et de leurs expressions et surtout permettent la lecture de leurs regards. Chacune désire l’autre, pour son emploi, son caractère, son aisance… La réception de cette intrigue au premier degré, pleine de tensions, de jeux sur la hiérarchie, et d’ambivalence des intentions et des relations entre les personnes, est facile et pas forcément nouvelle.

Mais dans ce film exclusivement féminin, tout est pris dans un jeu de reflets infini. L’homme y est accessoire, et elles s’en moquent (que ce soit Dirk ou l’inspecteur Bach). Il est fauteur de trouble et pantin. Ainsi chaque scène est doublée, et trouve un écho chez d’autres personnages, c’est le cas par exemple du moment de la rupture qui est mise en parallèle avec un moment où un autre personnage se fait poser un lapin. Leur solitudes sont mises en regard. La perception de soi passe par le miroir et des médiums technologiques très actuels : écrans de téléphone, caméra de téléphone, caméras de surveillance, écrans plats géants instruments de conférences téléphoniques, et même pire encore masque érotique à sa propre image… Le recours à des procédés cinématographiques comme l’utilisation de la musique ou du split-screen pour souligner la tension fonctionne, et la scène dramatique en devient alors difficilement supportable.

Au cours du film, on bascule dans la conscience de l’héroïne, on ne sait plus très bien s’il s’agit d’un songe, ou de la réalité. Les lumières semblent tamisées et irréelles. On joue sur les rebondissements, et les moments de lucidité pour nous faire perdre pied avec la réalité. Le crime est masqué, l’intrigue pleine de faux-semblants. Ces éclairs de lucidité, ces prises de conscience sont-elles réelles ou fantasmées ? Si les pistes sont brouillées, il demeure les regards, comme autant d’accusation de la mauvaise conscience des personnages, mais aussi comme désignation du spectateur. Dans la scène du ballet notamment, le regard des danseurs devient intrusif et gênant, comme si nous étions nous-mêmes scrutés intentionnellement.

Dans une seconde lecture du film, nous pourrions pousser le thème du double jusqu’au bout et au-delà de l’histoire de surface, voir les deux personnages qui gravitent autour de l’héroïne comme des prolongements d’elle-même. Des miroirs ou des tendances fabulées qu’elle crée toute seule : la première comme son désir d’ascension et de pouvoir, est aussi objet de désir sensuel, interdit et au-delà des limites de sa morale. La seconde son instinct de conservation et de survie. L’héroïne s’emprisonne dans un rapport contradictoire de menace et de protection, transgressant les limites quand elle l’ose, jusqu’à se perdre et ne plus parvenir à discerner le vrai et le faux.

A voir :
Passion, un film américain de Brian de Palma (1h41)

2 Comments

  • auroreinparis dit :

    Je ne crois pas que j’irai le voir mais il m’intrigue , donc surement en DVD. J’avais vu le film Crime d’amour de Corneau , qui y ressemble, d’ailleurs je crois que c’est un remake ? Celui de Palma est peut être plus tendu, plus actif aussi.
    Belle critique en tout cas !

    • Gaelle dit :

      Ahh coucou ! Je voulais vraiment échanger avec toi hier avant d’aller voir le film. J’ai omis de dire dans mon article que je ne connais pas Crime d’Amour original, et donc que je n’avais pas de référence. Mais j’ai beaucoup aimé ce traitement du thème du double. Et surtout je n’ai toujours pas le fin mot de l’histoire 🙂

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