Paris photo 2012 au Grand Palais (Paris 8)

Ce week-end se tenait la seconde édition de Paris Photo, foire qui accueille les galeries, les photographes et les spécialistes du livre Photo. Parmi les visiteurs, la plupart semble être des spécialistes : collectionneurs, proches des exposants, professionnels, passionnés. En débouchant dans la Nef du Grand Palais, le vertige nous prend devant les 128 stands de galeristes, et les 23 spécialistes du livre photo. Comment aborder cet événement, qu’est-ce qui peut guider notre visite ? En dépliant le plan, le détail des stands se déploie, et il est possible d’identifier les galeries parisiennes notoires. Mais sur quoi mettre l’accent ? Les galeries étrangères qui mettent à l’honneur des artistes à découvrir ? Les grands stands présentant les acquisitions récentes, ou la plateforme Paris Photo, l’exposition d’Alexandra Catière produite par BMW Art et culture ?

Voici un tour des stands, avec un condensé de talents à suivre, pour se rendre plus tard dans les galeries parisiennes, et découvrir et suivre les autres artistes.

On commence à Johannesburg, avec Guy Tillim, présenté par la galerie Stevenson, photographe essentiel du Sud-Est africain. Il découvre en effet à travers la photo, dans les années 1980, un moyen de lutter contre l’appartheid, en montrant les risques d’une urbanisation dangereuse. Ses photos documentent une réalité qui laisse de côté de nombreuses personnes. Dans la série « Appropriated Landscape », il montre à travers le paysage dans sa définition la plus large, les changements du terrain et les effets de la colonisation et de l’industrialisation.

La galerie Taro Nasu (Tokyo) présente Taiji Matsue et ses paysages dont il explore la dimension topographique. Ici l’espace est composition comme dans les photos de rizières en vues aériennes.

Notre attention s’attarde sur la main de John Coplans issue de sa série d’autoportraits. En effet, photographiant de manière directe et sans fioritures le corps humain, il le sectionne en plusieurs photos, qui assemble ensuite dans l’accrochage. Ici c’est sa main et une partie de son bras que l’on découvre en 3 morceaux.

Plus loin on découvre les magnifiques clichés de Timm Rautert, et ses scènes en noir et blanc, avant de tomber sous le charme de Marisol, à la Havane, photographiée par Andrew Moore.

 

Les artistes exposés à la Galerie Odile Ouizeman attirent l’attention : Laurent Pernot, explore l’origine du monde et l’origine de l’humanité, Nina Korhonen présente sa série de portraits et de souvenirs comme un album photo plein d’émotions, tandis que les photos Anne-Sophie Emmard restent à l’esprit.

On pénètre dans un monde brumeux, presque de ouate, en regardant les photos de la Ilan Engel Gallery. La série intitulée Snow, nous transporte : de la finesse des flocons de Doug & Mike Starn, aux paysages brumeux. Les artistes Nicolas Milhé et Ambroise Tezenas de la galerie Mélanie Rio, retiennent l’attention. Si Ambroise Tézénas a travaillé précédemment sur le « dark tourisme », c’est-à-dire ce tourisme morbide qui consiste à visiter des espaces détruits, dangereux, où l’on peut y voir une pointe de voyeurisme, il travaille également sur les mutations urbaines notamment en Chine, en montrant des lieux oubliés. Nicolas Milhé lui, montre la Nature envahissante dans l’esthétique de la perturbation qui lui est propre.

A retenir la Laurence Miller Gallery, la galerie Sage Paris et la Pace/ Magill Gallery pour leurs très belles trouvailles.

De belles démarches et des photos de qualité au stand SFR Jeunes Talents. Exploration de la frontière entre le réel et l’imaginaire avec Cédric Van Turtelboom, réflexion sur l’identité avec Erica Kovanen, exploration de la Corée du Nord comme bloquée dans le passé par les yeux de Adrien Golinelli, un véritable documentaire sur le Congo de Patrick Willcocq, et un coup de cœur pour le travail d’Aurélien Villette.
A voir aussi

 

Giorgio Armani qui soutient les Acquisitions récentes présente des photos de 10 artistes sur le thème de l’eau Acqua #2. C’est la puissance et l’énergie vitale de l’élément qui est à l’honneur, comme on le voit ici sur la photo d’Alec Soth.

La nouveauté ici semble la parenté certaines des œuvres avec lart contemporain. Il ne s’agit pas d’expositions toujours classiques. L’accrochage, l’encadrement, les supports mêmes sont originaux et renouvelés. Pour exemple, les photos animées de la galerie Bryce Wolmovitz.

Enfin c’est Nicolas Dhervillers qui a retenu mon attention par-dessus tout. Son univers fantastique et intrigant conjugué à son traitement de l’image m’a interpellée. Ce paysage qui semble surnaturel, c’est les échantillons qu’il a glané de sa traversée de l’ancienne usine sidérurgique de Völklingen dans la Sarre, classée au patrimoine mondial de L’UNESCO.

Dans cette temporalité vespérale, il a su prélever l’essentiel, en s’imprégnant de l’histoire du lieu et en l’investissant de son univers. Ses photos renvoient l’image d’un monde entre deux : est-ce réel ou non ? Que font ces hommes, est-ce de vraies occupations ou n’est-ce que des prétextes à une vie insignifiante ? Dans son travail de l’image, de la lumière et des couleurs, on lit des influences cinématographiques, picturales classique, ou proche du jeu vidéo, un traitement très travaillé, et on navigue dans un espace brumeux et mystérieux, presque futuriste, redonnant une certaine vie à l’usine allemande. Magnifique.

(Manifestation terminée)

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