Mobile Photo Paris au Bastille Design Center (Paris 11)

La photo mobile, en question…

Si la photo mobile évoque la simple photo prise à l’aide d’un téléphone, l’association avec la photo-que-tout-le-monde-peut-faire commence à devenir de moins en moins évidente.

De vrais talents, une acuité du regard, des interrogations et des explorations de notions actuelles émergent et ressortent notamment sur des réseaux comme Instagram. Dans ce cas, bien loin de nous les photos de chats, de vernis à ongles ou les autoportraits suggestifs qui sont souvent assimilés à ce média. Désormais la transportabilité du téléphone permet de conjuguer la discrétion et la maniabilité d’un appareil photo de plutôt bonne qualité, et pour les photographes c’est aussi l’occasion d’expérimenter de nouvelles possibilités.

Pour la première fois à Paris, et en exclusivité, l’exposition réunit dans un lieu très agréable, le Bastille Design Center, 18 photographes aux démarches et aux univers variés pour un tour d’horizon réussi des différentes facettes de la photo mobile. Ce groupe, Mobile Photo Paris, réunit des photographes autour de l’objet téléphone qui devient l’outil d’une vision actuelle et créative, montrant ici à quel point la photo mobile peut se considérer comme une discipline à part entière.

Souvent controversée, la photo mobile soulève de vraies problématiques. Elle est notamment, souvent mal vue par les photographes de profession qui la considèrent comme une menace potentielle.Décriée sur le plan esthétique, elle se réduit pour beaucoup à une image retouchée par une série d’applications… qui galvaudent la vraie retouche photo et qui « embellissent des photos sans intérêt ». Mais pour ceux qui utilisent vraiment  les applis, certains vous diront qu’il y a une première couche corrective (réaligner sa photo, travailler les lumières etc…), une seconde dans la recherche d’effets, et ensuite ils y a les adeptes qui utilisent les applis comme une palette de couleurs et comme passeport vers un monde surnaturel et sublimé.Permettant aussi une street photo décomplexée et courante, elle pose aussi la question du droit à l’image pour les modèles qui souvent ignorent qu’ils sont les sujets des photos publiées.

Mais comme le disent justement Yann Lebecque et Nadine Bechinou dans la présentation de l’exposition « c’est un moyen d’expression démocratique qui permet la spontanéité et l’expérimentation et qui bouscule les a priori et les dogmes artistiques ».

La visite de l’expo

Commençant par ceux que je connais, j’ai pris plaisir à découvrir les tirages de @kino_in_paris et son univers urbain qui fait rentrer sans transition dans le ParisBSide, l’underground de la capitale et ma matrice du métro ; et de @nad75 et sa ville déshumanisée, aux reflets révélateurs. Voir les images sur papier en plus grand que sur le téléphone ou l’ordinateur, permet d’en saisir toute la subtilité dans les détails et les finesses.

J’ai aussi découvert tous les autres dont les démarches valent le coup d’œil : les i-portraits plein d’humour d’Eric Chauvet @dicktraven, ou les expérimentations de Julien Damoiseau @pixpopuli dont le site http://pixpopuli.com/ mérite la visite.

La démarche d’Amy Leibrand @_thisspace_ qui explore par l’autoportrait ses limites en reflétant les nôtres, ou celle d’Elena Shmagrinskaya @_lna dont la présentation m’a interpellée quand elle dit en citant Patti Smith « Je ne suis pas photographe, pourtant faire des photographies m’a procuré un sentiment d’unité et de satisfaction personnelle. Ce sont les reliques de ma vie passée. Les souvenirs de mon errance. Elles recèlent tout ce que j’ai pu apprendre sur la lumière et la composition. »

© Catriona Donagh @gladlybeyond

Il y a aussi le moment où les êtres vivants s’intègrent aux formes de la ville comme chez Catriona Donagh @gladlybeyond, et celui où on commence à prêter attention à ces inconnus que l’on croise comme le fait avec brio Pierre Le Govic @pierrelegovic. Enfin l’utilisation du mobile montre comment il est possible avec tact de manier la lumière, comme le fait joliment Jean-Christophe Polgár @kinothegnou.

 

Il y a les jolis coups de cœur comme pour Gilles Saulnier, qui éclaire la réalité de très beaux coups de projecteurs. Ses photos sous l’escalier invitent à aller voir plus haut comme les gens dans son escalier roulant qui cherchent la lumière ; ou Lénaïc Entremont @lenybagshop et sa « salade entre les dents », dont la démarche consiste à capter les interstices par lesquels la nature et la verdure s’immiscent en ville.

On suit Cécile Edelist @cecile_e dans un quotidien parisien qui montre les existences des gens au milieu des lignes et des couleurs de la capitale, et on plonge avec Loïc Le Rumeur @crash11 dans les reflets de ses rêves et dans une ville transfigurée.

© Stéphane Mahé

« Les profils de dos » de Jérôme Kerneïs @jklypo, introduisent une part de mystère dans les personnages avec un travail intéressant sur l’angle et la composition, tandis que la déambulation entre ombres et lumières nous ravit, et nous accompagnons Stéphane Mahé en passant un surprenant « dimanche sur la terre ». Une belle épitaphe proposée par Stéphanie Dupont, avec ses animaux dits « nuisibles » que l’on fuit le plus souvent, et qui nous placent face à une image de mort, plutôt brusque quand on les surprend. Dans sa série « Taken from memory » (De mémoire), Nettie Edwards propose un zoom sur notre perception des détails, des focus que nous faisons sans nous en apercevoir, ici sur des sujets pris dans deux jardins parce que comme elle le dit « Chaque instant de perception n’existe au présent que l’espace d’une seconde, puis bascule dans la mémoire. La photographie enregistre le regard et la vision, elle est donc intimement liée au souvenir, et rejoint toutes les photographies passées. »

Enfin les vues et compositions de Philippe Durand Gerzaguet @photofloue interpellent car il considère le mobile comme « une petite machine à fabriquer des images poétiques », et il arrive très bien à en rendre compte dans ses dyptiques que l’on peut voir comme deux images distinctes ou une seule donnant un résultat intéressant.

A ne pas manquer…

Très bien équilibrée, l’exposition est riche sans être indigeste, la scénographie est plutôt bien faite, j’ai beaucoup apprécié l’accrochage et les tirages qui s’adaptent au travail de chacun en valorisant leurs démarches et leurs réalisations, et enfin j’ai apprécié les textes qui permettent de comprendre l’univers des artistes mêlant leur mots à leur petite biographie, sans oublier la belle introduction qui pose les grands axes de réflexion sur la photo mobile actuellement.

Amusant aussi quand on est immergés dans la communauté Instagram, d’entendre le point de vue des photographes amateurs ou professionnels, qui ne sont pas familier avec la photo mobile…

A voir :
Mobile Photo Paris

Du 21 au 25 novembre 2012
au Bastille Design Center

74 boulevard Richard Lenoir
75011 Paris
Voir aussi la page fan du Mobile Photo Paris

4 Comments

  • sYsIphe dit :

    Merci pour cette mise en lumière d’une expo qui vaut la visite, pour le lieu mais aussi pour les oeuvres présentées … comme j’y retourne samedi, je vais utiliser ta présentation comme nouveau fil rouge à cette visite 🙂
    Je suis entièrement d’accord sur ce que tu soulignes « l’accrochage et les tirages qui s’adaptent au travail de chacun en valorisant leurs démarches et leurs réalisations » … j’ai pu féliciter @cecile_e pour avoir conserver un petit format de reproduction en total accord avec son univers par exemple.
    Une expo à ne pas manquer donc 🙂

  • Merci de cette visite, et heureux d’avoir partagé un instant de poésie à travers mes images.

  • Julien dit :

    Merci pour la visite et pour cet article ! ( juste une petite erreur dans l’article concernant le site qui est pixpopuli.com et non pas pix-populi.fr 🙂 )

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