Le Sud (voyage en Thaïlande #4)

(cliquez sur les photos pour zoomer, ça vaut le coup)

Je ne cache pas que j’avais une petite appréhension de la seconde semaine du séjour. Soit le Sud Est de la Thaïlande. Nos 3 guides, mystérieusement, s’étendaient beaucoup moins sur le sujet, opposant quelques pistes à toutes celles qu’ils semblaient proposer autour de Chiang Mai et du Nord. Personnellement, je souhaitais éviter les journées de farniente pauvres en découvertes. Je voulais aussi éviter de me confronter de trop près au bars à filles,  entrevus un soir dans une rue de Chiang Mai…

Malgré les rumeurs sur le mauvais temps et la pluie qui sévissaient à Ko Samui, et les mises en garde sur le fait que le Sud Est n’était pas à la hauteur de la côte ouest, nous sommes descendus de Bangkok à Ko Samui en train (ah oui, sinon ce n’est pas drôle). Soit 12h de voyage, suivi de 2h d’attente et de bus, puis 1h30 de traversée en ferry jusqu’à notre destination insulaire.

Le paysage sublime avait vite eu raison de mon appréhension, et prenait doucement le pas sur ma fatigue, troquant mon humeur irritable en émerveillement.

Nous nous sommes installés à Bo Bhut, que les guides décrivaient comme un village de pêcheurs authentique. Les multiples boutiques touristiques, les agences de voyages, et les hôtels, nous ont un peu fait douter de ce qualificatif. Nous avons entrepris d’explorer les lieux à pieds, pour trouver de quoi manger, en cherchant les restaurants typiques qui se faisaient plutôt rare dans le quartier. Élargissant notre périmètre, nous avons longé la côte, au bord de la plage, de nuit, pour prendre la mesure de ce qui nous entourait. Les hôtels luxueux, les restaurants européens, les nombreux français, tenanciers d’hôtels, de restaurants variés et autres nous ont permis de voir où nous avions atterrit. Nous avons vu également la hausse des prix, comparé à ce que nous avions connu à Chang Mai pour à peu près tout : des noix de coco fraiches, aux massages en passant par les plats des restaurants. Cette semaine, nous allions devoir desserrer un peu les cordons de notre bourse.

Le lendemain (et le surlendemain), nous avons loué à notre « mama thaïlandaise » qui tenait la petite pension où nous étions (et dont nous étions les seuls clients), un scooter pour aller explorer les alentours. Nous avons entrepris un quasi demi-tour de l’île, pour piquer dans les terres et monter aux impressionnantes cascades Na Muang. En chemin, nous avons commencé à passer des villages plus typiques, des marchés de primeurs, des vendeurs de contrefaçons, des cantines ambulantes tractées par des scooters, des vendeurs de gasoil en bouteilles ambrées. Nous avions enfin une impression plus authentique.

Sur la route de la plage la plus réputée (Chaweng Beach), nous avons fait une halte afin d’aller voir de quoi il s’agissait. La plage en elle-même, n’a pas vraiment retenu notre attention (mais bien plus l’estomac de certain, qui l’a nourrit à coup de brochette !), et nous avons poursuivit vers Lamai (la seconde plus belle plage de l’île).
Brusquement, nous nous sommes engagés sur la route d’un groupement d’hôtels, et doublés par une bande de touristes chinois armés de leurs appareils photos, nous avons décidés de les suivre. Nous sommes arrivés dans le jardin d’un restaurant donnant sur la plage que nous avons traversé mine de rien pour la rejoindre. Là, déserte et magnifique la mer semblait nous inviter.

Plus loin, nous avons vu une étrange et très longue jetée flottante, et l’idée un peu folle d’aller se baigner tout au bout nous a enthousiasmés. Nous avons longé la plage, et nous sommes partis à quelques mètres de la rive, où nous semblions entourés par l’eau, seuls au monde. Nous nous sommes changés tranquillement et nous allions nous mettre dans l’eau (en évitant le contact collant du sable lorsqu’il se conjugue à l’eau salée), quand un agent de sécurité est venu nous prévenir de partir car la jetée était privée. Il nous a permis de nous baigner juste à côté mais sur la plage… logique…

Premier bain, premières sensations salées, première effervescence… encore un moment que j’ai soigneusement gravé.

Nous sommes ensuite courageusement montés aux Na Muang  Waterfalls 1 & 2, en plafonnant à 40 km/h. Nous montions doucement, mais sûrement. Laissant notre deux roues au parking, nous avons poursuit à pieds, parmi les touristes, et cherchant du mieux que l’on pouvait à s’y soustraire.

 

 

Nous avons observé un instant une maman éléphant et son éléphanteau mangeant goulument des bananes offertes par un groupe d’italiens. Nous sommes ensuite montés en jeep jusqu’au départ de la balade qui consistait en l’ascension des 80 mètres de la cascade.

 

 

Nous avons ainsi gravit la montagne, en escaladant les rochers, en passant à gué dans les rapides, et en montant sévèrement le long du chemin de terre. Sur notre route, nous trouvions des bassins naturels et des chutes d’eau dans lesquels il était possible de se rafraichir. Au sommet, un joli bassin permettait de voir à la fois la chute d’eau qui nous dominait, et celle qui se jetaient plus bas à nos pieds.

 

Une petite balançoire de fortune était fixée à une branche au dessus des rapides. Mais au lieu de nous contenter du spectacle, nous avons entrepris de continuer en suivant les panneaux indicatifs (quelque peu couchés en travers de la route, ce qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille), et de monter davantage. Nous n’étions pas les seuls, et un couple de messieurs bien bâtis, nous précédait. Nous avons ainsi gravi, parfois le ventre à même la pente, le chemin dans la végétation épaisse. S’aidant des cordes accrochées aux branches quand il y en avait.

Fièrement en tongs, je continuais d’avancer jusqu’au moment où l’un des hommes, partit en éclaireur, plus haut, nous a dit que nous avions dû faire fausse route, et qu’ils allaient rebrousser chemin. Dévorés par les moustiques, nous les avons suivis, un peu déçus. Mais un peu plus bas, entrevoyant une corde sur notre droite nous avons poursuivit notre ascension, tandis qu’ils déclinaient gentiment notre proposition de nous suivre. Le véritable départ de la cascade était à quelques mètres.

Et en passant une fois encore à gué, et en sautant quelques rochers, nous avons dominé la chute, vu les gens en bas dans le bassin à la balançoire, grands comme des fourmis, et admiré la vue vers la côte.

Les moustiques redoublant d’efforts, nous ont chassé de cet endroit privilégié et nous sommes bientôt descendus en quête de fraicheur, d’eau et surtout de nourriture. J’avoue qu’après cet épisode, mon ventre criait tellement famine que tout ce qui se déroulait sous mes yeux paraissait caché derrière un filtre aux couleurs plus ternes. Il fallait me redonner des forces !

Mais nous avons poursuivi vers les célèbres rochers Hin-Ta et Hin-Yai, soit Grand-Père et Grand-Mère, symbolisant les parties de l’homme et de la femme. Nous les avons aperçus alors que la lumière baissait, et dorait joliment la mer et les rochers.

 

 

 

Puis, nous sommes partis vers le Big Bouddha, proche de l’aéroport de Ko Samui. Ici dans la lumière devenue rasante, nous sommes montés aux pieds du bouddha d’or, vu l’architecture abandonnée, et une magnifique scène d’un pêcheur relevant ses casiers pour clôturer la journée.

Le repas qui a suivi fut gargantuesque et délicieux, servis par un ladyboy attentionné, nous avons profité de ce repas sans la lumière tremblotante d’un restaurant sur la côte. Toujours dévorés par les moustiques…

Mais c’était sans savoir que depuis 17h, une coupure électrique sur les 3 îles du Sud Est de la Thaïlande, était survenue. Seuls les propriétaires d’un groupe électrogène pouvait encore éclairer leurs commerces. Plus d’électricité signifiait : plus de distributeurs de banque et donc plus d’argent, plus d’eau chaude et plus d’eau tout court (pour les toilettes par exemple), plus de lumière, plus de batterie d’appareil photo (l’angoisse), plus de clim pour ventiler les moustiques aussi par la même occasion, plus de connexion pour donner des nouvelles et maintenir un contact avec le tailleur qui devait nous livrer nos commandes à l’aéroport à notre retour.
La coupure a duré 4 jours et il a fallu prendre des dispositions. Nous sommes partis de notre pension, pour l’Eden Bungalow, et une belle chambre avec une salle de bains à ciel ouvert (dont nous avons profité le dernier jour !). Le couple français qui tient ce joli endroit, fixait des priorités sur le groupe électrogène, tantôt la lumière tantôt l’eau etc…

Les deux jours qui ont suivi nous avons décidé de visiter les îles alentours avec une agence dont la tenancière était adorable. Ainsi, puisqu’il nous restait peu de temps nous avons dû faire des choix, et nous avons porté notre attention sur le Parc National Marin de Ang Thong et sur Ko Tao.

Malgré notre souhait d’éviter les excursions de groupe, nous n’avons pas pu y couper pour ces sorties. Nous avions l’avantage de bénéficier du transport, de faire pas mal d’étapes, et d’avoir des guides qui pouvaient nous présenter les lieux. Nous avons effectué la traversée de bon matin, à l’heure précise ou le ciel et la mer sont encore indistincts.

Allongés le premier jour sur la terrasse du bateau, nous avons vu progressivement notre embarcation fendre lentement la mer agitée de vibrations, dans des reflets froids et métallisés. Nous avons vu, à mesure que nous avancions, se préciser les formes devant nous : d’ombres lointaines, elles sont devenues des îles dévorées par la végétation, qui ne laissait respirer la roche que pour être rongée par la mer.

Spectacle incroyable, que nous avons pu observer de près, depuis notre kayak en suivant les 5 plages choisies par notre étonnante guide allemande, qui maniait avec grande dextérité son frêle esquif sur les rives du Parc d’AngThong.

Après cette balade en mer, nous sommes montés au sommet de l’île de Koh Mae, pour observer le lagon d’eau salée appelé « Emerald Lake » (Thale Nai) situé entre les montagnes. Brûlant nos pieds sur les fines planches des marches qui y conduisaient, nous sommes ensuite partis vers Wua Ta Lap, où chacun avait le choix de monter au sommet de l’île, d’explorer les grottes, de faire du snorkeling ou de continuer le kayak.

Comme la visibilité sous l’eau était mauvaise et que nous n’étions plus à une escalade près, nous avons choisit la route escarpée tendue de cordes épaisses « lotus cave » appelée Bua Boke, avant de nous récompenser par un bain de mer. L’air saturé de moustiques et les rochers parfois très lisses compliquaient notre progression, mais la vue de la grotte et de ses monuments calcaires nous a stupéfaits.

Nous en avons encore plus apprécié la baignade et le cadre idyllique…

 

Nous attendions beaucoup de Ko Tao, le lendemain pour les fonds marins même si la période ne garantissait qu’une mauvaise visibilité.

Montés malheureusement sur un speed boat plein de touristes pénibles, nous avons rapidement sauté à l’eau sur une des plages au Nord de Ko Tao pour nous abstraire des cris et des conversations et communier avec le monde marin.

Expérience toujours aussi forte, rythmée par le seul son de notre respiration. Vision unique que je voudrais à chaque fois partager avec mon papa… Immergés au milieu des poissons zébrés qui semblaient nous escorter, nous avons vu des poissons multicolores, des crabes, des poissons qui se confondaient à la roche. Une dame russe hérissée de poissons, car elle les nourrissait, a surpris notre regard admiratif et nous a donné un morceau de pain. Nous avons à notre tour tendu nos mains, caressés par des dizaines de poissons, piquetant la mie que nous leur offrions.

Nous avons ensuite gagné Koh Nang Yuan, formée de 3 îles reliées par un fin banc de sable blanc, décrite par la jeune femme de l’agence avec son accent chantant comme « the real paradise island ! ».

Après notre repas, nous sommes ainsi montés en haut de l’île pour avoir le point de vue incroyable et la vision de ces 3 îles raccrochées par cette fine bande de sable, avant de replonger sous la surface pour une nouvelle histoire avec les poissons.
(Une jolie vidéo en Go-Pro pour rendre un peu ce que nous avons vu)

Nous avons clôt le séjour en faisant une cure de massages, dans un institut qui nous a offert des moments de détente, alors que les masseuses s’éclairaient à la bougie et travaillaient sans clim…

Le Sud nous a offert une autre vision du pays, a démenti mes a priori, en nous offrant des moments de félicité ou d’étonnement pur. Il nous a aussi montré à quel point le tourisme modelait le système, dans toutes ses dimensions, aussi bien appréciables que néfastes. Et finalement, ça a vraiment été difficile de quitter les lieux…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *