Le Nord (voyage en Thaïlande #3)

J’étais impatiente de découvrir le Nord de la Thaïlande. J’avais lu attentivement les guides, listé les endroits qui retenaient mon attention, et noté des possibilités de visite. J’imaginais les temples, la découverte de la culture, et la contemplation de paysages verdoyants et grandioses avec pour ultime objectif une promenade dans les champs de thé

Nous avons pris le temps de découvrir la ville de Chiang Mai, dans laquelle nous avons posé nos sacs pour 5 jours. C’est dans cette ville et durant les jours suivants que je me suis imprégnée du mieux que j’ai pu, de tout ce pouvait offrir ce pays.

Chiang Mai est la troisième ville de Thaïlande, avec une dimension estudiantine indéniable, car son université compte à elle seule 25 000 étudiants. Ville fortifiée et circonscrite en son centre par des remparts (érigés par le roi Mengrai en 1296, qui a donné à sa ville sa superbe, et l’a défendu contre les attaques birmanes), elle s’étend sur les rives de la rivière Ping (qui alimente le fleuve de Bangkok, le Chao Praya). Sa situation stratégique au Nord du pays, lui a conféré une place carrefour sur la route de la soie, et a permis à son artisanat de se développer.

Nous avons ainsi passé du temps à découvrir la topologie du lieu, en longeant les murailles dont la ville est enceinte, pénétrant dans les nombreux temples colorés, dorés, et paisibles, admirant le calme communicatif des moines au vêtement orange, identifié la place principale de la ville où visiblement se préparait un spectacle pour les jours à venir, deviné la rivière que nous projetions de descendre en bateau.

Nous avons fait des haltes dans des restaurants recommandés par nos guides, et dans d’autres très bons que nous avons trouvé par hasard, nous nous sommes arrêtés dans des cantines thaïlandaises dans lesquelles nous avions du mal à comprendre ce que nous allions manger, dans des stands de rue, nous avons frémis en buvant du papaya shake (mais mon amour de la papaye l’a emporté sur la peur) ou des glaçons (qui n’ont comporté aucun risque ni l’un, ni l’autre).

Nous avons évolué dans les stands des marchés de nuit, guidés par les odeurs de nourriture, et par les couleurs chatoyantes des couvertures artisanales typiques du Nord. Nous avons trouvé avec bonheur le chemin de l’Institut Lila massage, dans lequel nous avons élu domicile pour nos soirées, où nous nous laissions aller aux étirements et frictions entres les mains de nos masseuses thaïlandaises.

Au départ, j’ai tout de même été surprise par la forte fréquentation touristique de la ville, et par le nombre important de français. Nous avons croisé plusieurs groupes de personnes en effet : des 3 amis trentenaires qui venaient de faire un trek dans le coin, au couple retraité vivant dans le Sud à Krabi en visite avec des amis parisiens dans le Nord, au couple perpignanais de quadragénaires qui avaient pris l’avion pour la première fois de leur vie… Chiang Mai, est en effet une destination touristique, car elle est le point de départ de nombreux treks (dont la difficulté et la durée varie beaucoup). Les touristes ne sont pas, ce que je souhaiter éviter soigneusement, c’était des gens visitant le pays de la même façon que nous le faisions.

De ces deux jours passés dans la ville, nous nous sommes remplis de couleurs et de la liesse due à la fête de la fin de la saison des pluies, appelée Loy Kratong pendant laquelle de nombreux chars et des danseurs défilent dans les rues, où des offrandes et des souhaits sont matérialisés sous forme de petits bateaux de fleurs, de feuilles tressées agrémentés de battons d’encens ou de bougies, et des lanternes « célestes » cylindriques en papier sont lâchées en constellations dans la nuit. Fête de la lumière, fête de l’eau, c’est une célébration qui se réfère à la fête hindou de Divālī qui vise à remercier la déesse du Gange d’avoir permis la vie tout au long de l’année.
Remerciements, offrandes mais aussi expiation des pêchés, la petite embarcation emporte loin de nous, la colère, les rancunes et les pensées négatives. Deux soirs de suite, nous avons vu le ciel piqueté de lumières, rempli de souhaits et de joie, nous avons vu les gens sautiller en agitant la main, ou s’étreindre en suivant des yeux leur lanterne. Les gens tiraient des feux d’artifices et lançaient des pétards, laissant éclater leur allégresse. Sur les rives de la rivière Ping, les étudiants tenaient des stands et en vendant des brochettes, des mangues au riz gluant, des offrandes, des chips improbables et croustillantes…

Les deux jours qui ont suivi, nous avons voyagé avec un chauffeur adorable, qui nous a emmené dans les endroits que j’avais indiqué, dont la plupart semblaient incongrus, car absents des habituels circuits touristiques.

La première étape fut la visite de Mae Salong, ville du Nord proche de la frontière Birmane, connue pour son très bon thé. Arrêtés dans un temple surprenant, aux décors kitchs et notamment aux sculptures géantes de dragons colorés qui semblaient surgir du bitume, nous avons pu admirer la vallée et les montagnes du haut du bâtiment. Ces montagnes en fait remplies de contrebandiers (anciennement pour l’opium) marquent la frontière avec la Birmanie. Nous n’avions pas prévu de pousser notre expédition jusqu’à Chiang Saen ou Sop Ruak situés aux confins de la Thaïlande, de la Birmanie et du Laos, par choix et par volonté de pouvoir rentrer vers 21h/22h. Nous avons imaginé ainsi dans l’épaisse verdure, les échanges et la frontière du pays.

Plus tard dans le village, nous avons papillonné d’échoppes en échoppes pour s’arrêter chez une dame très touchante, qui nous a fait asseoir pour une dégustation de thé. D’une mère birmane, et d’un père laotien, elle nous a expliqué qu’elle avait fait le choix de la Thaïlande en s’y installant. Nous l’avons écouté, nous avons humé nos petites tasses avant de sentir les arômes délicats du liquide brûlant. Thé au riz, thé au ginseng, jusqu’aux fameux Oolong « number one et number two », respectivement n°17 et n°12. Elle nous a servi des fruits séchés pour accompagner notre thé, m’a écouté m’extasier sur la subtilité de ses différentes feuilles dans un anglais assez restreint (car elle parlait peu l’anglais). Nous avons évoqué toutes deux nos mamans, la mienne pour laquelle j’achetais ses sachets, et la sienne qui en était à l’origine. Plus loin, chez un couple qui affichait  d’autres thé et du café spéciale de Mae Salong, nous avons attendu qu’on nous serve de l’Osmanthus (que j’avais goûté ici) et le fameux thé dont j’étais partie en quête pour ce voyage parce que son goût délicat m’avait beaucoup plu ici. En effet, le thé Dong Ding m’a laissé un souvenir savoureux.

Enthousiaste à l’idée de le goûter dans son lieu d’origine, j’ai remercié chaleureusement le monsieur en lui achetant le paquet. Lui, interloqué par mon agitation, et surtout incrédule à l’idée que je puisse préférer ce thé à l’osmanthus ou au fameux Oolong « number one ». Après une rapide étape à la maison de l’histoire, qui rappelle les différentes annexions du territoire, et les guerres. Nous sommes partis dans les champs pour un moment calme et suspendu.

Dans l’immensité verdoyante, nous avons pu admirer les pentes environnantes des montagnes qui nous entouraient. Humant le parfum du thé au soleil, nous avons examiné les feuilles, vu les bourgeons et leur fin duvet, compris en les tenant en main ce qui est récolté (le bourgeon et les premières feuilles à proximité).

C’était mon instant de grâce. Quasiment la raison de notre visite dans le Nord…

Sur la route du retour, j’ai photographié le paysage mentalement, comme matériellement avec mon téléphone jusqu’à notre étape finale.

 

 

Le « white temple » ou Wat Rong Khun, qui est issu de l’imagination d’un artiste contemporain, Chalermchai Kositpipat, qui a cherché à représenter l’enfer autour du temple, et la beauté à l’intérieur. Dans le bâtiment, il a placé des icônes modernes, Néo de Matrix ou Spiderman. Nous en avons simplement l’extérieur au coucher du soleil.

L’endroit était désert et idéal pour les photos. Nous avons ainsi passé les têtes de morts accrochées aux branches, les mains tendues, les toilettes derrière le temple doré, pour avoir une assez surprenante du temple et de son reflet dans l’eau du bassin qui l’entoure.

 

 

 

Le lendemain, nous partions à San Kamphaeng, proche de Chiang Mai et réputé pour ses sources chaudes. Nous avons croisé la route d’une école (pas juste une classe, mais vraiment une quantité pullulante d’enfants, dans laquelle la coupe au carré semblait être de règle pour les filles) et des petits scoots.

Nous sommes allés voir les geysers d’eau bouillante qui jaillissaient de la terre, alimentant une petite rivière dans laquelle il était de rigueur de tremper si on le pouvait ses pieds. Interloqués par les panneaux « Hots springs and eggs » nous avons découvert que de petits paniers en osier étaient en vente avec des œufs qu’il était possible de faire cuire dans l’eau des sources. Nous avons ensuite pris congé de l’agitation, pour nous baigner dans une piscine d’eau chaude que nous avons eu juste pour nous deux.

Nous sommes ensuite partis vers Muang On pour visiter ses grottes. A l’issue d’une première volée de marches, nous sommes parvenus à l’entrée des deux grottes que nous avons atteintes (parfois en position de limbo) après une descente bien escarpée d’escaliers. Nous avons vu les bouddhas qui règnent sur les deux salles, et les autres habitants qui ont investi les lieux, comme les énormes araignées 🙂

 

Mais nous ne nous sommes pas arrêtés là, nous avons poussé la balade jusqu’en haut de la montagne, vers le temple et le lieu de recueillement des moines. On y a laissé des calories, de la sueur, et parfois même notre short ! En tongs (pour moi) et sans bouteille d’eau, l’ascension a été mémorable et la vue sur la vallée a récompensé nos efforts.

 

L’après-midi nous sommes allés au Bhubing Palace, la résidence d’hiver du roi, dans laquelle nous nous sommes promenés dans le jardin fleuri, avant de gagner le Doi Suthep.

Ce temple trône au sommet de la montagne du même nom et domine Chiang Mai. Haut lieu de culte bouddhiste, et de prière, nous avons gravi les 306 marches d’origine en funiculaire, avant de fouler pieds nus l’enceinte du temple. Les touristes, les dévots, les moines s’y réunissaient. Nous avons écouté sonner les cloches de prière, admiré la réplique du bouddha d’émeraude, et nous sommes calmés devant le recueillement de tous ceux qui priaient.

Pour notre dernier jour dans le Nord, nous avons choisi le Parc National du Doi Ithanon. Ainsi, après une longue ascension de la montagne, nous sommes arrivés au point culminant de la Thaïlande, à 2 565m. A cet endroit, où la brume confond le ciel et la montagne, deux temples ont été érigés pour les anniversaires du roi et de la reine (Phra Mahathat Napha Methanidon et Phra Mahathat Naphaphon Phumisiri).

Ici j’ai contemplé les moines sereins en visite dans les jardins royaux. J’ai ressenti leur calme habituel et leur excitation passagère à l’idée de visiter les lieux. Un moment de félicité avant la découverte de la jungle de la forêt tropicale et ombrophile.

 

 

Un petit parcours fléché, matérialisé par des planches de bois, nous a montré la végétation, la faune (plusieurs espèces de petits oiseaux) et la flore (rhododendrons…).

Nous avons admiré les cascades de Wachirathan et Nam Tok Mae Klang. Non contents de nous limiter comme les autres à la simple contemplation de la cascade d’en bas, nous avons emprunté un petit chemin sur la gauche des chutes pour nous rendre plus haut, près de l’eau, dans les rapides qui les précèdent. Une fois encore faisant le festin des moustiques gourmands, nous sommes redescendus poursuivre la découverte du Parc.

Nous avions évité la visite du village de la communauté des Karens Long Neck dont les femmes se passent des anneaux en laiton autour du cou afin de l’agrandir. A l’origine, signe de beauté, c’était aussi le moyen d’éviter les morsures de tigres. Refusant de voir le village aux allures de zoo humain, nous n’avons pu éviter cette fois la visite du village des White Karens.

Cette communauté birmane a fui son pays pour trouver refuge dans le Nord de la Thaïlande. Il existe 3 types de Karens : les long neck, les white et les red. Vivant en autarcie, dans des maisons sur pilotis. Bons agriculteurs, ils récoltent et cuisinent leurs produits. L’artisanat est un de leur moyen de subsistance. Le tissage du coton pour la fabrication de foulards ou de couvertures est fort réputé. Leurs habits suivent leur couleur : rouge ou blanc. Soit une parenthèse historique et sociale intéressante, mais donnée de façon gênante devant quelques habitants du village.

J’ai souhaité échapper un instant aux regards, en aller hasarder le mien dans les champs au-delà du village pour un moment, une fois encore, suspendu.

Le Nord nous a offert la verdure et la jungle, les cascades et les points de vue superbes, la découverte culturelle des traditions, des fêtes, et des usages. Dans le temps qui nous était impartit nous étions contents de notre découverte. La tête remplies d’images superbes.


4 Comments

  • Dubois dit :

    Bonjour;

    Je projette de faire un voyage en Thailande en décembre!et je suis tombé sur cet article. Et c’est tout un programme que vous avez fait!!La Thaïlande est un Pays fascinant. C’est vrai que cette région est très prisée par les touristes surtout en cette période. La région de Chiang Mai est aussi connue sous le nom de « Rose du nord » pour sa beauté.

  • Manon dit :

    Très beaux articles sur la Thaïlande qui me donnent plein de piste pour les prochaines semaines ! Belle qualité d’écriture et de partage !

  • Lorey dit :

    J’ai du mal à me décider à voyager en Thaïlande car je fuis le tourisme de masse. Pourtant, votre récit riche, enthousiaste et bien écrit parviendra peut-être à me convaincre. Merci !

  • Votre voyage a du être vraiment chouette et il semble que tu te sois bien renseignée avant de partir ! J’aime lire tes idées de visite moins touristiques, hors des sentiers battus, ça me donne des idées 😉 Pour ma part, je recommande Mae Hong Son aussi, une petite ville très sympa pas loin de la frontière birmane.

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