Le Mohini attam : construction identitaire et patrimoine imaginaire au Musée Guimet

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A l’occasion du récital de Mohini Attam « Maître et disciple » présenté ce week-end (21 et 22 septembre 2012), le Musée Guimet proposait une introduction à cette danse en deux temps, la projection documentaire « La danse de l’enchanteresse » d’Adoor Gopalakrishnan et Brigitte Chataignier, de 2007 et la conférence dansée intitulée « Le Mohini attam : construction identitaire et patrimoine imaginaire ».

Mêlant une approche théorique et historique avec la présence de Brigitte Prost (Maitre de conférences à l’Université de Rennes 2), et une approche vécue et éprouvée grâce à Padmashree Kalamandalam Kshemavathy et son disciple Brigitte Chataignier, la conférence dansée était une bonne introduction à l’univers de cette danse traditionnelle classique de la région du Kerala en Inde, tout comme une formidable découverte des gestes séculaires et du patrimoine historique qu’ils représentent.

Le processus de patrimonisation

S’il se caractérise comme une danse solo exclusivement féminine, le Mohini Attam a connu une rupture dans son histoire. En effet, soutenu par le Maharaja Swathi Thirunal jusqu’à la fin du 19ème siècle, sa pratique a suivi une dégénérescence à sa mort, qui pousse les britannique à l’interdire (en raison d’un caractère trop lascif). En 1930, le conservatoire Kerala Kalamandalam fut créé par le poète Vallathol qui souhaite préserver et entretenir le patrimoine culturel kéralais.

Cette danse n’ayant pas été dansée depuis une trentaine d’année, c’est la somme des souvenirs de la connaissance de cette pratique qui a été à l’origine de la reconstitution de ce patrimoine.
De la constitution d’une classe en 1933, où le professeur n’avait qu’une élève, à l’arrivée de Krishna Paniker, grand maître de danse qui forma deux danseuses du 20ème siècle, à Chinnammu Amma qui a eu une réelle pérennité, cinq danses sont retrouvées et transmises au Kerala Kalamandalam. Au cours du temps, certaines caractéristiques inhérentes à la pratique de cette danse sont largement débattues : port du chignon, constitution du costume, postures…

Le Mohini Attam aujourd’hui

On peut présenter le Mohini Attam comme une danse féminine composée de passages de danse pure (technique) et de danse narrative (notamment avec les abhinaya qui sont les neuf sentiments de base). Ici Padmashree Kalamandalam Kshemavathy l’illustre en présentant les deux types de danses,  terminant par un baajan (emprunté à la musique hindoustanie, il est très à la mode d’en intégrer aux récitals), c’est là une danse dévotionnelle à Rama. Le Mohini Attam est constitué de mouvements courbes lasya qui imitent les mouvements des arbres et de la nature au Kerala. Le style Sopana est celui qui est propre au Kerala avec un chant expressif en malayam (langue du Kerala). Ici c’est le chanteur Madhavan Namputhiri qui montre cette spécificité. Le répertoire est composé le plus souvent :
– d’une danse invocatrice soit pour Ganesh soit pour Sarasvathi
– d’un jatiswaram (inspiré du bharata natyam, mais qui se pratique moins en spectacle)
– d’un varnam qui est une pièce élaborée qui exprime un sentiment avec une alternance entre des passages de danse pure et de danse narrative
– de padam qui sont des poèmes dansés,
– puis des danses plus à la mode en ce moment, en raggamalika (guirlandes de rythmes) ; baajan comme cité précédemment, des shloka qui sont des versets qui sont à contre-temps
– d’un tillana danse gaie conclusive
– d’une prière
– d’un mangalam qui est le salut

Aujourd’hui le Mohini Attam compte 200 danses, sa pratique a connu une mise en scène progressive et le costume est devenu plus élaboré. Il se reconnait ainsi au costume blanc et doré et au port du chignon sur le côté car il fallait se démarquer des autres danses traditionnelles de l’Inde. Ainsi, il a fallu flécher les lieux de mémoire, reconstituer ce patrimoine en retrouvant les gestes éprouvés et transmis, tout en faisant évoluer la pratique.

A découvrir :
Les conférences de midi à l’Auditorium du Musée Guimet

Sans réservation, elles sont gratuites, et dans la limite des places disponibles.
12h15 au 6, place d’Iéna Paris 16ème

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