Le M.U.R de l’art à l’espace d’animation des Blancs Manteaux (Paris 4)

Curieux de décoder les messages laissés sur les murs autour de nous, quelques clés de compréhension nous étaient données à l’exposition le M.U.R de l’Art à l’espace des Blancs Manteaux qui a eu lieu du jeudi 8 au dimanche 11 novembre 2012. Sur notre route, les indices graphiques ornent déjà les murs des bâtiments du Marais.

Dans le hall, des artistes sont à l’œuvre tandis que les toiles des jours précédents sont accrochées en hauteur. L’exposition est très riche car beaucoup d’artistes sont présentés. J’ai apprécié d’avoir choisi l’heure de midi pour ma visite, car j’ai pu bien prendre le temps de la consultation. Je suis revenue à la clôture (le dimanche soir) et là il était agréable de voir les artistes et de pouvoir échanger avec eux. Effectuer sa visite, sur le fond sonore des performances musicales orchestrées par Voodoöo contribue également à s’immerger dans le milieu et contribue à une ambiance bon enfant et détendue.
Pour retracer ma visite, j’ai dû faire une sélection de quelques uns des nombreux artistes qui m’ont marquée.

On commence dans le métro, avec des supports signalétiques familiers qui comportent les fresques de Nasty : ceux qui servent à nous guider dans le réseau de transports en Ile-de-France (les plaques en émail des stations de métro notamment). On retrouve son nom dans les couloirs de métro, sur les quais, ou directement sur les rames ou les trains. Il commence le graffiti en 1988 à Paris, et son activité souterraine fait de lui une référence actuellement. Son art est reconnu. Il a d’ailleurs participé à différentes expositions (Palais de Chaillot, Galerie Chapon… il a aussi fait partie de la collection Gallizia exposée au Grand Palais.) Son parcours est retracé dans l’ouvrage « Nasty and Slice, Artistes en cavale » aux Editions Alternatives et Arte lui a consacré un documentaire dans l’Art et la Manière.

http://youtu.be/lLtNU6Nd-oc

On continue dans la rue, à des moments où on ne peut être vus (tôt le matin ou tard le soir), pour suivre Ella et Pitr, notre couple de Papiers Peintres. Créant des affiches originales, ou des collages sur les murs, leur travail s’effectue à l’aide de craies grasses ou d’encre de chine, et leurs personnages comme des témoins silencieux des espaces urbains questionnent les passants sur leur rapport à la ville.

On reconnait de loin le « Corps blanc » de Jérôme Mesnager, qui agit souvent désormais sur les murs de Paris. Né en 1983, sur un des murs de la petite ceinture lors d’une exploration avec l’association « Zig Zag dans la savane », dont le but est d’investir les lieux désaffectés. A ce moment là, Jérome Mesnager, le corps recouvert de peinture blanche, s’amuse à errer dans ces espaces oubliés, pour leur redonner un souffle de vie. Son « corps blanc » est pour lui un symbole de paix et de lumière. Il a voyagé des murs de Ménilmontant à Paris jusqu’à la Place Rouge de Moscou (par exemple). L’hommage ici retranscrit lors de la mort cette année, du roi du Cambodge, Norodom Sihanouk, qui était avant tout artiste, est formidable. Le « corps blanc » est peint, dansant comme les danseuses traditionnelles Khmères, sur des tissus colorés puis accroché dans les temples d’Angkor et autres. Tandis que sa maman distrait le guide, Jérome Mesnager prend en photo ses tentures in situ.

On continue avec une scénographie qui nous place comme devant une agence immobilière titrée Ruine Immo avec des photos des œuvres de Rero et un texte souvent assez décalé les présentant. S’amusant avec les codes de l’image et dénonçant la société de consommation, ses photos de lieux abandonnés estampillés de texte qui questionne sur le statut de l’endroit sont puissantes. Ses œuvres sont présentées au Musée en herbe (2011), au Musée de la Poste (28 novembre 2012- 30 mars 2013) au CNAC, ou à Beaubourg lors de l’exposition Ex-SITU (2013).

Collées sur une gouttière, vous avez sans doute aussi déjà vu les affichettes de Paella Chimicos. Son bonhomme à la tête spiralée prend la parole ou dénonce des situations sociales qui font notre quotidien. Dans ces affiches, l’équilibre du texte et du dessin est habile et sert à la prise de conscience.

 

 

Citons ensuite quelques habitués du quartier : Chanoir dont j’apprécie particulièrement le trait, qui appose ses personnages de Chats sur les murs comme pour accompagner les passants. Souriants, étonnés, joyeux, ou interloqués, leur graphisme naïf est facilement identifiable et on l’adopte assez immédiatement. Jouant avec les métamorphoses qu’offre le déguisement, Chanoir est très actifs sur les murs de Barcelone. Il réalisera d’ailleurs le documentaire « Murs Libres » sur le graffiti à Barcelone. Il fonde ensuite le collectif en 1980 et investit la scène colombienne. Il collabore aussi avec de grandes marques, où tout est recouvert, transformé et coloré ; Le Module de Zeer dont on aperçoit la croix sur les murs du Marais, son motif graphique mouvant et multiple, devient protéiforme à mesure qu’on l’observe et on discerne plusieurs scènes sur le même dessin ; ou Cyclop qui habille les poteaux des rues, de petits visages avec un œil unique, inspirés de l’univers des mangas, de la BD ou de la culture populaire.

 

 

 

Les différents stands de l’exposition semblent parfois recréer de véritables tableaux, en faisant défiler les univers et les intentions créatives.

Le collectif niçois Nice Art, pratique ainsi le pochoir en diversifiant leurs techniques avec des fresques, du land art, du collage, des vinyles peints… Ils laissent leurs œuvres libres et les passant les prennent et les collectionnent librement. FDKL pratique lui le collage ou l’art scotch. Il assemble ses matières sur des formes féminines, apposant ses collages sur toutes les villes qu’il traverse.


Kenor
et ses fresques kaléidoscopiques trouvent avec force notre regard. Ses dessins empreints d’une énergie corporelle puissante proposent une expérimentation typographique incessante. Il investit les lieux délaissés et choisit de leur offrir une nouvelle vie. Gestes de protestation contre l’urbanisation continue de Barcelone, ses dessins dénoncent aussi les lois de répression des initiatives urbaines. Chez Fancie, pionnière du streetart sur les trains, la proposition sur la reconstruction et la fabrication de support permet de retrouver l’univers sauvage et caché du graffiti.

En passant devant le stand de YS (eyes) on perçoit d’emblée la relation très intimiste qu’elle entretient avec le lieu. Son graphisme expressif dépeint des femmes des années 1900, des paysages urbains ou des portraits qui s’inscrivent dans une certaines lutte pour les droits civiques. Elle tente de saisir et de mettre en question dans ses dessins, la place de l’individu dans son espace de vie, et elle y parvient assez justement dans son esthétique presque intemporelle.

Plus loin, les stands de Mardi Noir, de Rue meurt d’art, de No rule’s corp’art, ou de Macay, proposent de belles trouvailles, faites de collages qui trouvent un bel équilibre entre critique et esthétique.

Il y a aussi Thom Thom qui à l’aide de son cutter, reformule les messages publicitaires. L’image lacérée, révèle de nouveaux aspects sous les différentes couches de papier. Elle devient engagée et dénonce le suivisme chronique des marques. Il n’hésite pas à expliquer sa démarche aux passants lorsqu’il opère.

A l’œuvre dans le hall, accueillant les visiteurs et clôturant leur visite, Missy et Rensone puis Jana et JS.

Quand ils se rencontrent en  2007, Missy et Rensone développent un univers commun puissant qui prend forme dans les rues de Strasbourg d’où ils sont originaires et ailleurs en Europe. Rensone s’amuse avec les codes du graffiti et Missy ajoute sa pointe d’humour noir, leurs fresques sont bien finies.

Pour le couple Jana et JS, leur production est née de la fusion entre la photo et l’art urbain. Représentant souvent des portraits et de l’architecture, ils posent la question de la place de l’humain dans la ville et plus encore dans les mégalopoles. La technique du pochoir leur vient de leur passion pour la photo, et ils travaillent également aussi beaucoup avec du matériel de récupération.

A l’aise en galerie aussi bien qu’en milieu urbain, on aperçoit leur touche dans l’Est parisien, aussi bien que sur la fresque qui orne la Mairie du 13ème arrondissement.

Une belle exposition et une belle initiative, à refaire avec le M.U.R !

A découvrir :
Le M.U.R.
Au croisement de la rue Oberkampf
et de la rue Saint Maur. 75011 Paris
Métro : Parmentier

Espace d’animation

des Blancs Manteaux
48 rue Vieille du Temple 75004 Paris
Métro : Saint Paul / Hôtel de Ville

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