Je parle toute seule, Blanche Gardin, à l’Européen (Paris 17)

© AD2 Productions

On connaît Blanche et son humour remarquablement décapant. Aperçue au départ dans le Jamel Comédie Club en 2007, elle a fait du chemin, radicalisant la précision de son écriture, le choix de ses propos, et ménageant toute la surprise de ses twists comiques en entraînant l’audience là où elle ne serait pas allée d’elle même.
On la retrouve sur la scène de l’Européen dans une mise en scène minimaliste dévidant les fils de son soliloque brillant : pendant 1h30 et sans pause elle s’adresse au public, avec connivence, dans une relation presque sensuelle à son micro. Blanche ironise : elle évoque sa tenue, son seul accessoire qui la différencie aujourd’hui de l’apparence qu’elle avait il y a quelques années, elle porte un sautoir. “Quitte à ne pas se faire baiser, autant ressembler à une femme de lettres”.

Elle parvient alors à instaurer une relation de proximité surprenante avec les spectateurs, tant c’est simple et spontané, les rendant complices de ses confessions, dans un jeu d’ambivalence désirée avec ses propos. « ça sent le vécu » laissent échapper certaines personnes en quittant la salle. Lors de son dernier spectacle elle s’étonnait de son succès mais surtout de l’engouement des gens auquel elle ne s’attendait pas. “La réaction des gens a été hyper touchante. Au départ, Il faut que je vous parle, c’était surtout une grosse envie de remonter sur les planches et de dire à quel point ça n’allait pas. Il y a eu une vraie reconnaissance de mon travail et de la situation que je vivais ; les gens se sont retrouvés peut-être.”
Dès les premières minutes, elle fait une démonstration presque improvisée de la virtuosité de son verbe pour simplement remercier les gens d’être venus si nombreux, puis elle rappelle à l’assistance que cet heureux constat de la salle comble n’est en fait que la somme d’actions individuelles, dont le but était en fait très égoïste. Les choses sont dites et bien dites, toujours surprenantes et désopilantes. On retient également sa critique des affreux tics de langage qui émaillent largement notre quotidien. Elle attire ainsi l’attention sur l’expression « y a pas de souci », qui souligne par le fait même, le fait qu’il aurait pu y en avoir un…

Solidement campée sur ses positions souvent cyniques, elle dose parfaitement les temps forts et les moments plus calmes et plus sérieux du spectacle. Elle aborde à la fois des sujets de société souvent polémiques, mais aussi des histoires personnelles qui créent l’identification, et qui parviennent à nous faire relativiser les choses. Sans sourciller elle prend position, elle argumente, elle étaye son propos, si bien que la démonstration convainc. Sa diatribe sur la posture “healty” de notre société et par extension sur la cigarette, met presque mal à l’aise quand on est non fumeur. “Mon père fumait le cigare, ma mère enchaînait les gauloises blondes, et on partait au ski comme ça, les 3 gamins à l’arrière toutes vitres fermées. Bah on fumait !”, et tourne au ridicule le commentaire du non fumeur qui lâche un méprisant “je sais pas comment tu fais pour sortir par ce temps pour fumer”. “Fumer c’est juste un truc génial qui ne t’est pas arrivé pendant ton adolescence” rétorque-t-elle en guise de répartie. Elle décontenance.

Par ailleurs, sa critique se fait acerbe quand elle pose un regard sur la condition féminine à la veille de la quarantaine. Le célibat, la perspective d’une vie de famille, ces idéaux un peu dépassés mais toujours aussi prégnants, aussi elle déclare “toutes les techniques de gestion de la solitude m’intéressent. On bascule dans la confession, et on sort un peu sonnés par ses confidences ambivalentes, déroutantes, mais toujours énoncées sur ce ton plein d’humour. Dans le sillage de Louis CK, Blanche signe un spectacle à l’efficacité redoutable.

A voir :
Je parle toute seule
Blanche Gardin,
à l’Européen
Du 05 Janvier 2017 au 24 Juin 2017
5 Rue Biot
75017 Paris

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