Histoires de voir, Show and Tell à la Fondation Cartier pour l’art contemporain (Paris 14)

S’abriter de la pluie à la Fondation Cartier pour l’art contemporain offre une expérience intéressante : dans cette bâtisse de verre, la pluie ruisselle sans nous atteindre, et à l’extérieur elle baigne la verdure.

L’exposition Histoires de Voir, Show and Tell, présente une cinquantaine d’artistes contemporains étrangers venant des 4 coins du monde, pour la plupart autodidactes, dont l’art souvent naïf charrie surtout une spécificité régionale ou nationale. Dans l’espace ouvert  de la Fondation Cartier, les œuvres colorées et pleines de vie de ses artistes, prennent sens. Nous sommes déjà loin de Paris.

La scénographie, réalisée par Alessandro Mendini, met en lumière la vie de chacun de ses artistes contemporains, qui contextualise leurs œuvres exposées. Il la dit « pensée comme un écrin simple mais précieux conçu pour contenir, protéger et montrer un art tout particulier qui est en lien étroit avec l’hypersensibilité du cœur. »

L’impression poignante qui nous habite à mesure de notre progression, est due au fait que ces artistes vivent souvent dans des conditions très dures, et expriment par leur art quelque chose de puissant. Le résultat donne un mélange d’art naïf et d’un savoir-faire très particulier, séculaire, propre à chaque culture qui se réfère souvent à la Nature, créatrice et source de vie (tels « les masques en porterie de Ciça au Brésil qui comme les visages ne se répètent jamais »), mais aussi à la Nature comme milieu, où l’homme doit composer avec son environnement en veillant à vivre en harmonie avec lui (Mamadou Cissé repense l’espace et l’aménagement des villes, qui pourraient être optimisés)

Le regard de l’artiste sublime ou révèle la Nature, sa ville natale ou son pays : devant les peintures colorées d’Hans Scherfig mettant en scène des paysages idylliques dans une jungle luxuriante, nous sommes loin de nous douter que ce peintre danois n’a jamais vu ces contrées, et qu’il s’agit là d’une nature fantasmée dans laquelle toutes les créatures les plus fantastiques de la Nature cohabitent. De même, en sachant qu’Aurélino dos Santos est atteint d’une schizophrénie qui le force à vivre reclus dans une grande pauvreté, son art constructif marqué par un fort usage de la couleur nous fait sentir quelque chose de la vie urbaine à Salvador.

Mais plus encore, le spectateur occidental, découvre ici des pratiques étrangères ancestrales qui en transmettent des valeurs humaines universelles : quête de vérité, respect de la nature, peur de la disparition des êtres (comme le dit Barcilicio Gauto, guarani : « J’ai peur de disparaitre comme ces petits animaux que je sculpte« … Ces masques de perles issus de l’art de la chaquira (Gregorio Barrio), ces peintures de la tribu Wari (Chano Devi), ces figurines cochtis (Virgil Ortiz),  en sont la manifestation profonde. Ces croyances s’expriment dans l’art et conservent ainsi la mémoire d’un geste patrimonial.

En filigrane se dessine aussi l’interrogation sur l’œuvre et son statut, qu’est-ce qu’au fond nous livre l’art ? Certains perpétuent une tradition, un savoir-faire rituel, en les confrontant à la modernisation du monde comme Nilson Pimenta qui aborde dans ses toiles les thèmes de la déforestation, de la colonisation… et certains, comme José Berezza modèlent la nature (ici le bois), sans trop la transfigurer mais pour révéler des formes, brutes qu’il dispose même sur son terrain devant son atelier, comme si elles prenaient place dans la Nature.

Ce que nous livrent ces échantillons divers et riches, c’est une humilité universelle qu’il faut retrouver pour voir les choses telles qu’elles sont, pour renouer avec des valeurs primordiales et pour s’accepter les uns les autres.

A voir encore ce week-end :
Fondation Cartier pour l’art contemporain

261, boulevard Raspail
75014 Paris
Du 19 au 21 octobre 2012 – 11h00 à 20h00

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