Hippocrate (Thomas Lilti)

Dès le début désorienté, Benjamin erre dans les sous-sols de l’hôpital dans lequel il va prendre son nouveau poste d’interne, à la recherche de la lingerie. La réplique amusante sur les tâches propres qui maculent sa blouse nous font croire à un regard décalé sur le sujet de l’internat et du milieu hospitalier en général. C’est une fausse piste, car c’est d’un point de vue presque documentaire que Thomas Lilti déroule son scénario.

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Son cas est particulier, c’est sans doute le seul réalisateur qui soit aussi médecin et son regard en témoigne. Dans son mouvement de caméra qui emboîte le pas de ses personnages, on va suivre les considérations de chacun. L’humour n’est pas emblématique du film, on pénètre plutôt avec sérieux et justesse dans ce milieu.

On découvre ainsi les murs couverts d’inscriptions de la salle de repos à l’internat, aux gages donnés au self lorsqu’on parle d’un patient, jusqu’à la dimension salvatrice d’une pause clope.

Benjamin prête au spectateur son regard candide, avec lui on entre dans cette société codifiée, dont les règles définissent les comportements et les intérêts souvent contraires. Métiers et services confondus. La scène entre Stéphane, au service réanimation, et Benjamin lors d’une pause, en témoignent. Tous deux débattent de leur métiers, la psychologie s’oppose à la réaction immédiate.

La psychologie et le dialogue avec le patient, car c’est de ça qu’il est question semble-t-il. Pourtant ils ne semblent être dans le film qu’un prétexte à l’intrigue. Ce n’est pas la relation médecin patient qui est au coeur des préoccupations de Thomas Lilti mais plutôt les tribulations des médecins.

Leurs sentiments, leurs hésitations, leur responsabilité, leur désespoir. Benjamin donne l’impulsion à cette tendance, mettant en lumière les conditions déplorables de travail pour lesquelles le personnel se bat d’une seule voix.

Benjamin est un tremplin, vers Abdel, un autre médecin, ayant exercé en Algérie. En France, il est interne. Lui à l’inverse de Benjmain maîtrise parfaitement les gestes techniques et affirme ses décisions. C’est finalement tout l’enjeu du film : ici les décisions sont cruciales, et pour ceux qui débutent la moindre erreur peut avoir une issue fatale. L’angoisse des internes est parfaitement rendue. Abdel et son interprète Reda Kateb, crèvent l’écran. Il donne une crédibilité à son personnage, et son personnage au film. A l’inverse de Benjamin qui joue au médecin, jusqu’à s’entraîner devant un miroir pour se donner de la contenance, lui évolue dans le film avec aisance et naturel, hantant les couloirs de l’hôpital (jusqu’à habiter à l’internat). Ensemble ils dénoncent au cours du film les conditions d’exercice et les contingences qui prennent le pas sur le bien-être des patients. C’est réussi, et si l’on choisit de suivre davantage Abdel que Benjamin, ça en devient recevable.

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