Fenêtre sur la vie

L’air frais jouait dans sa barbe et le faisait frissonner. Il descendit de vélo et embrassa les alentours du regard. Le matin pointait tout juste le nez, et l’aurore s’étirait, rose de plaisir en colorant le ciel. La Seine et les immeubles nimbés de brume matinale se laissaient subtilement suggérer.

Machinalement et sans quitter des yeux la perspective qui s’offrait à lui sous la pâle lumière du jour, il sortit ses toiles de sa sacoche. Aujourd’hui c’était le Pont Neuf. Il entreprit de disposer ses peintures, et se perdit dans le souvenir de leur exécution. Ici ses rêveries dans les rues cachées de Paris, ailleurs ses jeunes années et ses visions idéalistes, juste à côté les horizons lointains de ses voyages. Il contempla la “vitrine” de sa petite boutique nomade qui lui semblait être un album de vie. Il parvenait à défendre une vision sur les choses, un point de vue hors du commun sur une ville qui se prêtait parfaitement aux clichés. D’ailleurs les promeneurs qui arpentaient le pont, commençaient à en effectuer.

La plupart ralentissaient devant son balcon, écarquillaient les yeux, surpris, puis partaient le sourire flottant sur leurs lèvres. D’autres s’arrêtaient pour demander le prix avant d’acheter certaines de ses toiles. Il devait admettre qu’il tranchait dans le paysage, et son oeuvre différait radicalement de ses voisins, qui peignaient de mauvaises toiles, d’angles vus et revus, de la célèbre capitale. Ils voyaient d’ailleurs d’un mauvais oeil son petit manège et l’avait un jour acculé à son balcon en lui criant dessus qu’il essayait certainement de jouer au plus malin. C’est pourquoi, il changeait souvent de lieu, puisant son inspiration, et effectuant ses tableaux au grand air, quand il n’était pas perché sur le toit de son appartement exigu, qui offrait une vue imprenable sur les toits de Paris. Malgré toutes ses tribulations, ses souffrances et la quête de sens, il avait enfin trouvé son chemin, dans l’art, dans la vie, dans la contemplation du monde. Il aurait toujours voulu faire ça observer, conseiller, partager avec les autres ses impressions.

En reconnectant avec la réalité, il sortit de sa rêverie, et observa par la fenêtre de son bureau le Sacré Coeur qui se découpait en filigrane sur le ciel. Il déboutonna le premier bouton de sa chemise, et plissa les yeux derrière ses lunettes pour bien discerner les éléments sur son écran. La vie à peine entamée, et malgré les difficultés, il lui restait à la vivre. Il finirait par trouver la bonne direction.

 

(Ma participation à l’atelier d’écriture qui consiste à illustrer la photo de Romaric Cazaux)

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