Eva Besnyö – L’image sensible au Jeu de Paume

Entrer au Jeu de Paume par cette belle journée, c’était déjà comprendre le jeu de la lumière : les ombres se découpaient très nettement sur les murs blancs. Cet espace en noir et blanc préfigurait la visite guidée que j’ai eu la chance de suivre. La guide, passionnée, nous confiant sa première méconnaissance d’Eva Besnyö, et les raisons de sa programmation au Jeu de Paume avant de débuter la visite.
Intéressée par les spécificités du médium, nous découvrons comment elle place le sujet humain au cœur de son observation en jouant sur les techniques photographiques comme la lumière, la surexposition, les contre-jours, les reflets, les ombres…

Eva-Besnyö-nu-Matyasfold-près-Budapest-1932

Née dans un pays qui va connaître un déclin, la jeune hongroise soutenue par sa famille, fait ses premières armes dans l’atelier du photographe renommé Pécsi. Plus attirée par les magazines qu’il reçoit que par son goût pour la photographie pictorialiste, ou par ses photos de pub elle choisit la modernité et voit le monde sous un nouvel angle.

Dans son [Nu],  nous voyons comment elle utilise l’ombre pour habiller le corps, allant même jusqu’à dessiner un collier avec les longues feuilles.

Elle reçoit le livre « Die Welt is schön » pendant cette seconde année d’apprentissage avec Pécsi, et elle explore la nouvelle objectivité. On le voit dans ses photos aux plans serrés (cheminées industrielles).

© Eva Besnyö / Maria Austria Instituut Amsterdam

A vingt ans elle part pour Berlin, attirée par le Bauhaus. Elle joue sur des plongées et contre-plongées, comme dans la vue du Carrefour de Berlin. Elle effectue aussi des ballets de lignes , comme dans ses photos de la gare où elle souhaite aussi montrer tous les nouveaux matériaux qui sont utilisés.

 

 

 

Berlin (worker) 1931 Eva Besnyö © Eva Besnyö / Maria Austria Instituut Amsterdam

La question de l’homme au travail devient centrale, et les médias comment à avoir des besoins d’images. Eva Besnyö réalise des clichés dans lesquels on voit à quel point les jeux sur les ombres et la lumières permettent d’insister sur la spécificité de tel ou tel métier et de montrer à quel point parfois il est difficile.   Elle arrive en effet à souligner l’effort, en faisant ressortir les muscles du dos de l’homme au travail.

Eva Besnyö, Untitled, 1933
(John Fernhout, Anneke van der Feer, Joris Ivens, Westkapelle, Zeeland, Pays-Bas)

Elle accompagne son mari John Fernhout et Joris Event son ami aux Pays-Bas, en 1932 (alors que le contexte politique à Berlin se durcit). Les photos reflètent bien l’impression que ces moments semblent suspendus.

Dans l’accrochage, on voit également l’évolution dans les tirages (l’une est faite directement par la photographe à l’époque et sur le même mur les deux autres sont des tirages plus semblable aux nôtres qui rendent moins toute les aspérités des matières).

Dans sa série de portraits, on perçoit à quel point Eva Besnyö, adapte la technique photographique aux usages auxquels elle destine la photo (cadrages classiques ou non, écritures en contre-plongée etc…).

Lors de l’Exposition Universelle, elle réalise des photos des lieux, en réussissant le tour de force de gommer le Trocadéro de ses photos en raison de ses convictions politiques. Aussi, la Tour Eiffel, et les jets d’eau du Trocadéro sont magnifiés, autant l’exposition en elle-même et ses infrastructures ont disparu.

Summer house in Groet Noord-Holland 1934 Eva Besnyö © Eva Besnyö / Maria Austria Instituut Amsterdam

Bientôt bon nombre d’architectes d’Amsterdam et du collectif radical abstrait Opbouw de Rotterdam voient dans les photos d’Eva Besnyö la manière dont elle révèle l’aspect fonctionnel d’un espace ou d’un objet, en jouant sur les ouvertures, la lumière, les textures. Ces architectes fonctionnalistes lui demandent d’être leur photographe dans les années 30.

Eva Besnyö, Rotterdam 1940

Plus tard, en 1940, elle photographie la ville de Rotterdam qui a été bombardée suite à la guerre. Elle émet une critique très dure de son travail, qui ne rend pas bien compte de l’horreur des événements. Elle les trouve trop construites par rapport au sujet. Ce point est ici discutable, car c’est dans l’étagement des plans, dans la composition qu’elle fait des décombres, que nous prenons conscience de la profondeur des dégâts.

Les événements politiques la contraignent ensuite à se cacher, à faire vendre ses photos par un de ses amis. Elle doit assumer une fausse généalogie pour se sauver. Dans sa vie personnelle, elle divorce d’avec John et se marie avec Win Brusse. Elle prend part active au mouvement des Dolle Mina et les photographie, pour protester contre des lois telles que celle interdisant aux mamans de travailler. Il s’agit là de photos de presse.

Elle reprend aussi la photographie lorsque les Pays-Bas essaient de reconstituer une scène culturelle après guerre.

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