En transit… (Voyage en Thaïlande #1)

On a posé notre passeport sur le comptoir en appréciant le détail du petit chapeau de l’agent d’escale. Nos sacs pèsent 7 kilos. On a récupéré chacun nos deux billets, en s’assurant qu’ils soient en sécurité, coincés dans les pages de notre passeport. Soit le document le plus précieux sur lequel nous allons devoir veiller ces quinze prochains jours.

 

On a alors commencé à arpenter les couloirs, les halls, les salles d’embarquement, les couloirs, et les tapis roulants. On a présenté des dizaines de fois, nos billets, nos cartes d’embarquement, nos passeports. On a quitté une pièce pour en gagner une autre. On a avancé en glissant, en roulant, et surtout en marchant.

Nos yeux se sont écarquillés devant les architectures rivalisant de modernité, rappelant par un détail, l’endroit où l’on se trouve : un triangle stylisé pour représenter la Tour Eiffel et symboliser Paris, des orchidées en abondance dont les branches ploient sous le poids des fleurs et des bourgeons encore fermés tous les deux mètres en Thaïlande, des cocotiers vrais ou faux encadrant la moquette imitation sable à Dubaï. Nos yeux se sont fermés, se sont rouverts, embués. Ils se sont scotchés à un film passé sur un petit écran incrusté dans le siège qui nous fait face pour quelques heures de vol. Ils ont guetté un taxi, un horaire, un repère.

Ils sont restés grands ouverts durant la traversée du Nord au Sud de la Thaïlande en train. Fixant successivement, l’enfilade des sièges du compartiment, s’arrêtant au wagon suivant qui brinquebalait bruyamment et de façon inquiétante, accompagnant le bourdonnement aigu des moustiques dans la pâleur des néons ; et les lignes d’un livre à 3h du matin qui semblent s’engloutir goulument.

On a veillé sur le sommeil de l’autre, on s’est orientés du mieux possible, envisageant les occupations qui se présentaient à nous. Dévorant des yeux les articles pour la plupart inaccessibles et luxueux  des boutiques de Duty Free, sélectionnant avec soin les restaurants hors de prix pour grignoter un en-cas, passant en revue tous les accessoires en kit des plateaux repas, une fois notre tablette baissée.

Et surtout, surtout on a perdu la notion du temps.

Plusieurs fois on a consulté les pendules géantes dans les halls, celles des télés de l’avion ou plus précisément les indications d’heure et de température de la chaine « informations de vol ». Le séquençage de nos voyages, les escales, les changements de compagnies ou de moyens de transports, rendent de plus en plus compliqué le calcul de l’heure présente, ou de celle à laquelle on pensait être. Il ne suffit plus de retrancher 6 heures, ou d’en ajouter 3. Les opérations deviennent complexes. Les chiffres à cristaux liquides de mon téléphone, passé depuis Roissy en « mode avion » de circonstance, semblent devenir obsolètes, restés dans un temps dans lequel nous ne sommes plus désormais.

Nos corps ont enregistré ce qu’ils ont pu : la course du soleil, la chaleur humide qu’ils confrontent à l’air sec soufflé par les climatisations, cet air en circuit fermé conditionné comme nous le sommes dans ces espaces futuristes. Ils ont perçu les choses différemment suivant leur fatigue : Dubaï lumineux à l’aller m’a été insupportable au retour avec tous ces gens entassés sur des sièges, dans le passage, qui s’écroulaient de fatigue la bouche ouverte. Et nous avons chacun vécu ces moments différemment.

S’écoutant pétiller d’excitation à l’idée de découvrir de nouveaux endroits, harassés par les heures déjà accomplies que l’on traduit par une humeur exécrable, un sommeil chronique, ou pas bien à l’aise « en transit » parfois résonnant dans nos intestins, et à l’idée de ne s’être pas posés depuis parfois 2 jours, en dormant constamment en position assise. A un moment, j’ai associé, par habitude, notre séjour aux vacances d’été. J’ai eu l’impression que le 3 indiqué dans les calendriers était celui du mois de septembre. J’ai pensé qu’il fallait que je trouve un moyen urgent de souhaiter son anniversaire à ma belle-mère. Puis plus tard, j’ai réalisé qu’on était au mois de décembre…

Ces jours que l’on déduit du séjour car on considère qu’ils n’en font pas partie, ont pour moi une importance particulière. Ils sont les passages obligés entre notre quotidien, et le temps que l’on défini comme étant propre aux vacances. C’est eux qui permettent la transition en opérant la déconnexion comme la reconnexion. Ces 5 jours qui ont encadré le séjour, et qui l’ont scindé en sa moitié, nous ont conduits vers une suite, un ailleurs, toujours renouvelés.

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