D’un coup d’oeil

(première participation à l’atelier d’écriture , consistant à illustrer la photo qui se trouve plus bas dans l’article !)

Si certains sont férus de sport, lui était animé par la passion des châteaux. Et pas uniquement en Espagne.

Compulsant la région et les routes qui serpentaient autour de chez lui, qu’il scrutait grâce au streetview, il avait foulé les salles les moins prisées, les demeures secondaires qui cependant possédaient des histoires étonnantes et des richesses insoupçonnées le long des corridors. Souvent lors d’une promenade, il apercevait de la route une bâtisse qui retenait son attention, et il s’autorisait volontiers une petite halte ; demandant la permission au propriétaire d’y jeter seulement un coup d’œil.

Sa vie guidée par son travail ne permet que peu de fantaisie et cela l’arrange, car il n’est pas d’un naturel trop expansif. Il choisi ainsi avec soin ses compagnies. Le seul, fidèle c’est son petit animal domestique, lui-même doté d’un caractère bien trempé.
Pour quelques jours, et pour la première fois il avait proposé à cette jeune fille de l’accompagner. Éclaboussant de sa joie de vivre le monde alentour, il lui était parfois difficile de composer avec, d’égaler son émerveillement, son regard poétique, mais il avait décidé cette fois d’essayer. Pour le moment, ils engloutissaient ensemble les kilomètres.
Curieusement, il avait une idée précise de sa vie future, il se projetait facilement, et il voyait son avenir, sa vie de famille, ce qu’il pourrait considérer avoir construit assez nettement quand il l’imaginait.
C’est dans les Ardennes qu’ils avaient décidé de poser leurs valises pour une nuit dans un hôtel acceptable, non loin d’un petit bois. Le château des environs recelait des trésors, et ils avaient prévu sa visite le lendemain. Pendant qu’il lisait les moindres détails de la demeure dans laquelle ils se rendraient, elle ôta ses vêtements lentement, et marcha jusqu’à la psyché ancienne, qui lui renvoyait l’image de sa jeunesse présente. Avec une moue pourtant, elle contemplait les défauts, les aspérités que lui présentait son corps. D’une œillade furtive, il embrassa sa silhouette, écartant pour un instant sa beauté facile, pour voir l’esthétique de la situation, la perfection de son anatomie qu’elle superposait à la perspective artificiellement infinie que créait la glace. Était-ce elle, qui croyait en lui, et qui plaquait un sens sur son existence, dans le rôle qu’elle lui faisait jouer qui l’accompagnerait au cours du chemin ?
Elle revint bientôt se blottir contre lui, et ne tarda pas à s’endormir.

En s’éveillant, ils n’échangèrent que peu de mots, se regardant à peine, et arrivés au château, ils commencèrent leur visite chacun à leur rythme, prenant le temps de la découverte subjective. Les couloirs se déroulaient sous leurs pieds. Mais brusquement dans le silence du lieu, il la surprit à nouveau, parfaite, devant un tableau. Épiant son attitude et ses gestes, il reconsidéra sa vie. Il conçut un instant sa compagnie à long terme, baissant ses yeux qui commençaient à la dévorer, il voulut les porter au loin.

Crédits Romaric Cazaux

Ils épousèrent alors l’enfilade de pièces, passant les rideaux cossus qui ornaient les fenêtres, cherchant un point de fuite. Dans cette échappée belle, ils rencontrèrent la présence d’un couple mûr, observant le monde depuis baie-vitrée : ils obstruaient la vue. Châtelains du moment, ils contemplaient à travers la croisée entrouverte, le crépuscule de leur vie, lui renvoyant l’image de ce carrefour important dans la sienne. Croisant son regard, il cru qu’ils lui adressaient un petit hochement de tête, pour approuver sa subite décision et l’empêcher de s’échapper de son intériorité comme à l’accoutumée. Il croisa les doigts, et à leur départ, partit la chercher en espérant qu’elle accepterait sa demande.

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