Du haut de la Tour Saint-Jacques (Paris 4)

En complément de mon précédent article purement textuel, où seules les images mentales servaient à illustrer le propos, voici une visite très illustrée et privilégiée de la Tour Saint Jacques. Monument immanquable au centre de Paris, dont l’architecture est typique du gothique flamboyant (comme l’est l’Église Saint-Merri).

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L’été dernier, exceptionnellement, l’association des Amis de la Tour Jean Sans Peur, entreprenaient de faire découvrir les lieux à quelques privilégiés (et surtout lèves-tôt).

Les origines, le quartier de la Boucherie

Au 9ème siècle, lors des invasions normandes, les parisiens qui s’étaient repliés sur l’île de la Cité, investissent la rive droite. Ces terres marécageuses sont proches de l’entrée du Grand Pont (ce dernier se trouvait à l’emplacement de l’actuel Pont au Change) dont l’entrée était protégée par une tour. Dans cette banlieue, ce sont les bouchers qui occupent les lieux, et vont former une communauté connue sous le nom de “La Grande Boucherie”. La tour du pont sera remplacée par un petit château, que Saint-Louis renforce en le transformant en une forteresse : le grand Châtelet qui disparaitra au 19ème siècle. Le quartier des bouchers se développe ainsi densément entre le Grand Châtelet et l’enceinte de Philippe Auguste (vers 1220).

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Le quartier était réputé comme étant le plus étroit, le plus fétide et le plus encombré. Vendeurs de poissons, bouchers bien sûr, mais aussi taneurs, cuisinier, et une mutitudes de petites échoppes se rassemblaient dans les rues aux noms évocateurs : Rue Pierre à Poisson, rue dite Vallée de la Misère, ou rue de la Triperie. La corporation des bouchers est puissante. Le quartier se trouve dans le prolongement de l’édifice qui donnera son nom au quartier : l’église Saint-Jacques de la Boucherie. La Tour n’est finalement que le seul vestige de cette construction datant du 12ème siècle.

Elle fut agrandie au 14 et 15ème siècle, et on lui conféra un style gothique flamboyant. Un de ses plus grands donateurs fut Nicolas Flamel, qui avait fait fortune grâce à ses biens immobiliers. La rumeur selon laquelle il aurait découvert la pierre philosophale grâce à l’alchimie, fit le reste de sa notoriété. Sa maison étant dans l’axe de la Tour celle-ci fut conservée dans un premier temps. Comme c’était l’usage à l’époque les riches sont enterrés sous les chapelles des églises, ainsi Nicolas Flamel et sa femme Dame Pernelle furent inhumés à Saint-Jacques (voir aussi l’Eglise Saint Merri pour ces détails).

Mais qu’y a-t-il à l’intérieur de la Tour Saint Jacques ?

Nous faisons une première halte dans une petite salle. Elle abrite des restes lapidaires, des essais de restaurations statuaires. On y voit la pierre parfois rongée par le temps ou les pluies acides, ou bien des motifs ornementaux clairement définis. Gargouilles, chimères, “chou frisé” autant de formes que l’on discerne. Comme nous l’avons déjà évoqué, la chimère éloigne le démon, tandis que la gargouille évacue l’eau telle une gouttière. La première crée un effet de dentelle de pierre sur la Tour, parfaitement visible de l’extérieur. Dans une des petites pièces que l’on voit en montant les nombreuses marches, une statue du 16ème siècle. Les autres sont issues de différentes périodes de restauration.

Pour l’extérieur, la restauration ne s’est pas faite fidèlement à la Tour d’origine mais plutôt en prenant en compte les différentes périodes notamment du 16ème et 19ème siècles. La restauration est donc vraiment sur mesure.
Les pierres viennent de Saint-Leu dans le Val d’Oise. Les ventaux en bois ont été retirés pour être remplacés par des vitraux (du 19ème siècle). Nous constatons que c’est le seul clocher de Paris sans cloches. Pourtant 13 cloches y sont fondues, mais dispersées avec le temps. Elle est réinvestie après la Révolution par la Police qui déclare que c’est un très bon point d’observation pour prévenir le départ d’incendies.

Avec ses 54 mètres de hauteur et ses 300 marches, elle est aussi un très bon terrain d’expérimentations. C’est précisément l’objet de notre seconde étape avant d’arriver au sommet. Dans cette salle, nous pouvons observer l’intérieur de la tour jusqu’en haut.

On dit que Pascal y réalise des expériences pour démontrer la pesanteur de l’air (mais rien n’est certain). Il décide d’en faire un lieu mondain et scientifique. On trouve ainsi un baromètre à eau qu’il fait venir de Saint-Denis et qu’il fait installer de nuit sans succès (cela reste une curiosité scientifique) mais aussi de quoi faire de la télégraphie lumineuse.Pourtant on trouve aux pieds de la Tour une statue de Blaise Pascal réalisée en 1856 par Cuvelier que nous verrons en descendant.

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Sur les étagères des bouteilles et des flacons, dont l’un contenant de l’eau de pluie attire notre attention. En 1824, la Tour est rachetée par un industriel,  qui y installe une fonderie de plombs de chasse. La hauteur permet aux gouttes de plomb qui sont lachées de durcir et d’arriver en bas sous la forme de billes. La fabrique existe alors jusqu’en 1842.

La vue depuis le sommet de la Tour Saint Jacques

A mesure que l’on monte, c’est tout Paris qui s’offre à notre regard.

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En arrivant sur la petite terrasse au sommet, nous prenons le temps d’un tour d’horizon en détaillant tous les monuments que l’on peut apercevoir.

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Au sommet de la tour, est installée depuis 1891 une station météo. Elle est rattachée à l’Observatoire de Montsouris. Elle est exploitée jusqu’en 2000.

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Nous pouvons aussi distinguer les statues des 4 Evangélistes : le lion (Marc), le taureau (Luc), l’aigle (Jean) et l’ange (Matthieu), qui occupent les 4 coins de la tour. Saint Jacques tourne le dos car il regardait l’Eglise.

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Au pieds de la Tour, tout en bas dessinant des arabesques d’herbe verte, le square éponyme est le premier square de Paris créé en 1856. C’est à cet emplacement aussi qu’au 19ème siècle, c’est l’embauchage des ouvriers en plein air.

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Nous nous efforçons de garder en tête ces images de Paris, avant qu’il faille déjà descendre.

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A voir :
La Tour Saint Jacques
39 Rue de Rivoli
75004 Paris

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