Cheveux chéris : frivolités et trophées au Musée du Quai Branly

© Musée du Quai Branly

Accueillis par les néons pop titrant l’exposition et par le postiche volant  que l’on aperçoit depuis le bas des escaliers, l’exposition Cheveux Chéris, pose le sujet.

Elle débute, avant même l’introduction, par une enfilade de bustes, que l’on voit habituellement de face, et présentés ici de dos de manière à pouvoir observer la coiffure, qui semble presque être les coulisses de la personne.

Dispositif qui permet de voir dans le reflet le visage du buste

Le plan de l’exposition n’est pas annoncé très clairement, et le cheminement semble s’effectuer du cheveu « accessoire », artifice évident de séduction et de qualification de l’individu, à la pire utilisation du cheveu (s’illustrant dans les masques ou des têtes réduites de Jivaro) et surtout ses qualités magiques. On regrette que la démonstration ne soit pas mieux fléchée pour ce propos peu souvent traité et intéressant.

Le cheveu est un matériau propre à un individu, qui le caractérise au-delà de son apparence. ADN littéral de l’être, il est polymorphe (il peut en effet être coupé, lissé ou bouclé, teint, coiffé/ sculpté, etc…) et surtout il est vivant. Morceau d’identité, il évoque immédiatement la personne.
Petite, ma maman m’avait confié une des croyances indiennes qui consiste à faire attention aux éléments corporels que l’on « perd » comme les cheveux ou les ongles et à les ramasser pour les jeter proprement  pour éviter qu’ils le soient par un être maléfique. Ces indices peuvent en effet être utilisés à mauvais escient pour toucher/ blesser son propriétaire.

Si le système de signification autour de cet attribut a évolué selon les époques, pour des questions comme leur longueur ou leur couleur, il demeure des constantes dans les représentations. Pour l’illustrer, en même que le principe de coquetterie, le diaporama géant et hypnotisant de la première salle. Accessoire de séduction, il a évolué selon les modes : les coiffures varient selon que l’on se situe dans la discipline (chignon, natte, cheveux ordonnés) ou dans l’opposition. Indice de différenciation du genre humain, ceux qui bousculent les conventions brouillent les pistes en confondant les caractéristiques propres aux femmes ou aux hommes.

Dans un couloir étroit, qui aurait pu pousser la métaphore plus loin, on assiste aux différents rites de passage selon les cultures. Les cérémonies sont souvent accompagnées d’actions sur les cheveux : couverts d’un voile, coiffés de manière particulière, ou rasés ils assurent la transformation, et le passage d’une ancienne à une nouvelle identité.

Leur perte cependant est fortement connotée : mutilation ou punition, c’est aussi un moyen dans la conservation des cheveux tombés ou coupé, le signe d’un souvenir de la personne.
Ici je pense à la mèche de mes cheveux tenue par un petit élastique violet brillant, conservée par ma maman la première fois que je suis allée chez le coiffeur. Elle rentre en résonnance avec la série de médaillon contenant de fines mèches, gardées comme des talismans et des preuves d’une époque révolue car elles gardent en elles un signe du temps.
Dans cette salle, on voit aussi les « carnavals moches » selon l’expression d’Alain Brossat ont en effet été pratiqués en Espagne pour « purifier » les femmes républicaines, ou les tonsures pratiquées sur les femmes allemandes ou françaises ayant fréquenté l’ennemi pendant la seconde guerre mondiale.

Enfin, dans la partie « magique » qui doit nous éclairer sur la symbolique du cheveu et ses pouvoirs, nous allons passer successivement de l’ornementation du cheveu pour le valoriser (coiffes de chefs de clans par exemple), au cheveu considéré comme matériau : tissé dans les habits ou les objets des chefs pour leur garantir davantage de pouvoir, pour terminer sur la dimension de trophée que la chevelure peut revêtir dans certaines sociétés.
Dans cette dernière partie de l’exposition, où il faut changer son regard, on aurait pu être plus accompagnés. Les objets présentés choquent et rebutent, mais il s’agit avant tout de montrer d’autres conceptions des choses : du corps, de l’échange, ou de l’altérité. Ici le scalp ou la tête réduite, représentent respectivement la force vitale, et la pratique mortuaire minutieuse qui consiste à emprisonner l’esprit vengeur d’un adversaire. Dans les deux cas, leur appropriation ou leur contrôle permet de montrer que le cheveu est un matériau imputrescible comme en témoignent les belles chevelures des tsantzas (tête réduites) qui renferme et symbolise notre identité.

A voir jusqu’au 14 juillet 2013 :
L’exposition Cheveux Chéris, frivolités et trophées au Musée du Quai Branly
37, quai Branly
75007 Paris
mardi, mercredi et dimanche
de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi
de 11h à 21h

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