Bolchoï et Papillon, Bruno Aveillan à la Galerie Spree (Paris 18)

C’est à pas feutrés, l’an dernier, que nous avions suivi l’Odyssée féline de la panthère de Cartier. Admiratifs devant la qualité indiscutable des produits de la marque, nous avions été embarqués littéralement dans ce voyage autour du monde par la vidéo de Bruno Aveillan. Subjugués par un ravissement sans précédent.

C’est donc en toute confiance que nous l’avons cherché, lui en Russie, s’insinuant dans les couloirs du Ballet du Bolchoï, nous passant la porte de la Galerie Spree au détour de la rue de la Vieuville à Paris 18ème. En effet, si d’ici le début du mois de décembre, vous avez l’occasion de monter aux Abbesses, laissez vous porter jusqu’à Montmartre en vous autorisant un crochet par la Galerie Spree. Sans vous laisser tromper par l’enseigne, qui laisse à penser qu’on y commercialise des papiers peints, vous pourrez découvrir son travail tout en nuances, en ombres, et en détails infimes qu’il choisit de nous livrer.

© Bruno Aveillan, Dark Satine, Bolchoï

L’intégralité de son travail est aussi consultable dans l’ouvrage synthétisant ses travaux dont quelques uns sont exposés ici, intitulé Bolchoï. On y voit s’organiser ses études sur les corridors, les expressions, la scène, les attitudes. Dans cette vision un peu trouble, des éléments saillants ressortent avec grâce. On parvient à capter les solitudes, le rapport du danseur à son corps, les vides du lieu.

Mais plus encore, nous restons béats devant son bijou vidéo, Papillon, créé pour l’exposition, et présenté en avant-première à Cutlog, la Foire d’art Contemporain.

Ici à la Galerie Spree, le film de 5m18, est diffusé en continu sur des postes télévisés empilés les uns sur les autres. Certains tournés vers l’intérieur et d’autres vers l’extérieur, impliquant le passant, l’interpellant sur son chemin. Arrêtez-vous pour flotter un instant, avec le nageur, suspendu dans l’eau comme l’insecte pourrait l’être dans les airs.

© Bruno Aveillan, Papillon

Le temps se fige, et les lois élémentaires sont abolies. Absorbés tous entiers dans les mouvements précis du nageur, nous analysons ses gestes, mesurons sa technique, évoluons grâce aux plans étonnants que propose la caméra zoomant sur un détail, littéralement plongée elle aussi sous l’eau. Nous ne sommes pas sans ignorer que cette nage est technique et difficile à réaliser. Ici le nageur offre un spectacle d’une esthétique rare, magnifiée grâce au rythme tout en ralentis de la vidéo.

© Bruno Aveillan, Papillon

La perfection de ses gestes vient de la synchronisation parfaite de ses membres, effectués en juste symétrie. Le mouvement de va-et-vient entre l’air et l’eau ressemble à chaque fois à une naissance, l’eau glissant sur lui comme des cascades de pierres précieuses.

© Bruno Aveillan, Papillon

C’est là un des talents de Bruno Availlan, montrer la matière brute, et le résultat de la collusion entre le choc du corps et celui de l’eau dans toute sa décomposition. Chaque élément liquide est isolé, comme si Bruno Aveillan avait le pouvoir d’exacerber notre perception. Les bulles générées par la respiration du nageur se transforment en perles de cristal. On est presque dans un univers de luxe. L’espace qui est présenté ici n’a ni début ni fin, il y a simplement l’eau dans une infinité liquide, et le nageur qui la traverse simplement. Pas de lignes d’eau, pas de but en particulier, juste un balancement, un mouvement. Immobiles, nous demeurons pétrifiés et admiratifs devant ce spectacle magique…

© Bruno Aveillan, Papillon

A voir :
Bolchoï, Bruno Aveillan

A la Galerie Spree
11, Rue la Vieuville
75018 Paris
Métro Abbesses ou Pigalle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *