Bharati, au Grand Rex (Paris 2)

Quand on y pose le pied, l’impression est immédiate. Les sensations se bousculent : odeurs variées et nouvelles, couleurs chatoyantes, chaleur et humidité qui s’emparent de votre peau, et le bruit bourdonnant des cris, des klaxons et parfois même des animaux, là en pleine rue. Si on tente d’y mettre des mots, ça se complique et l’impression s’atténue. L’Inde bouleverse, émeut et nous change imperceptiblement.

C’est un peu de cela que s’attache à transmettre « Bharati » spectacle éprouvé qui tourne maintenant depuis quelques années. La proposition est ambitieuse car il faut un bel effort de synthèse et de clarté des messages pour contenir un échantillon de l’Inde dans un si court moment (environ 2h30 avec entracte). Pourtant c’est un pari réussi puisque nous verrons la scène occupée par plusieurs types d’artistes : danseurs, musiciens, chanteurs, narrateur etc… et une belle synthèse qui s’opère tout au long de la soirée. De la mise en scène, aux costumes, en passant par l’intrigue, ou par les formations chorégraphiques, tout cela est finalement très fidèle à l’univers Bollywood.

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Dans le cinéma indien, proche d’un genre que nous connaissons, celui de la comédie musicale, la chanson et la danse tiennent une part importante. C’est en effet presque plus important que l’intrigue elle-même : on rivalise alors de pas de danse, de costumes, ou de lieux improbables où la chanson est tournée. Tout l’imaginaire et toutes les références sont alors convoqués : mentalités traditionnelles indiennes, identités et folklore régionaux, part d’indicible que l’on retrouve dans des gestes infimes ou des mimiques du visage, de la tête, ou de la main, mais aussi le souffle de la modernité qui se traduit dans les tenues, les gestes et les manières, dans les emprunts à l’idéal occidental et plus encore aux références américaines. Les scénarios traitent alors de problématiques tout à fait propres au pays, qui semblent complètement étrangères et caricaturales pour nous. Pourtant c’est ces valeurs de famille, d’appartenance sociale, d’origines et de mariage qui émaillent le cinéma indien, toutes découlant de la notion essentielle d’amour sous toutes ses formes (filial, fraternel, mais aussi amitié ou passion) qui reste incontournable.

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Ici donc l’intrigue est simple : un jeune homme (au prénom qui le prédestine, Siddhartha, “celui qui a accompli un but”) d’origine indienne a grandit et vécu aux Etats-Unis, il arrive en Inde et découvre le pays se confrontant à ses origines, à la culture, aux traditions et surtout en rencontrant l’amour en la personne de la charmante Bharati. C’est grâce à elle qu’il fera le chemin jusqu’au coeur de l’Inde.
Raoul Vohra déroule la trame narrative (qui m’a semblé être réduite depuis 2006) dans un français teinté d’un accent assez savoureux, explicitant les traditions, les pensées issues des mentalités indiennes et qui intervient dans l’intrigue rattrapant Siddhartha  à la manière de Vyassa dans la célèbre épopée, le Mahabharata. En effet, le narrateur est bien souvent acteur, et rempli un rôle important dans un tout. C’est tout à fait la démonstration de Bharati.

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Au Grand Rex, la mise en scène s’adapte au lieu, les musiciens encadrent la scène et le public prenant place dans les balcons en hauteur. Les chanteurs et chanteuses, quant à eux partagent la scène avec la troupe de danseurs et de danseuses. C’est tour à tour que chacun apporte son concours à l’ensemble, et par moment chacun apparait isolé sous les projecteurs, lors d’un solo des chanteurs, quand les musiciens se livrent à une sorte de battle rythmique, ou même un très surprenant numéro de mât chinois et de danse. Rien ne détonne pourtant, puisque tout est possible à Bollywood…

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L’ensemble se développe sur un fond chamarré de costumes qui introduisent précisément les couleurs de l’Inde : un mariage de couleurs audacieux, que l’occident ne s’autorise pas, et qui pourtant porté, séduit.

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Avec une précision des gestes et des emplacements, les chorégraphies s’enchaînent. L’espace est toujours habilement occupé, et reproduit fidèlement le type de formations que l’on peut observer dans les films.

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Mais les emprunts à certains courants du Bollywood, traditionnels ou modernes, sont aussi l’occasion pour la troupe de réussir à inclure des chansons célèbres des films afin qu’elles servent l’intrigue. Chacune d’entre elle est réarrangée et réinterprétée, une proposition intéressante pour ceux qui connaissent l’originale.

Les styles se mêlent, et la gestuelle de Bhavna Pani (Bharati) charme par ses ornements traditionnels. On y lit l’empreinte du khatak, les moudras (signes des mains), et la grâce propre aux danses folkloriques et ancestrales indiennes. Si l’ensemble montre à la fois la tradition avec des chansons issues des grands classiques comme Devdas ou Khabi Khushi Khabi Gham, où la danseuse offre une belle prestation toute en finesse, il est agréable de la découvrir dans des danses modernes comme Mayya issue de Guru, où elle devient moins insaisissable et où elle exprime plus de proximité et d’humour.

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Dans l’assistance au départ méfiante, le charme opère peu à peu, et le spectacle parvient à emporter chacun de nous là où il choisit de se projeter si bien qu’à la fin lorsque la troupe propose au public de participer à la dernière danse, personne ne se fait prier.

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Silsila Ye Chahat Ka

Mayya – Guru

(représentations terminées pour le moment)

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