Amour (Michel Haneke)

Cette fois on ne verra pas le couple envisagé sur la période de la rencontre, en dénombrant les moments idéalisés de début de relation. Non ici Michel Haneke montre au contraire le lent cheminement vers la fin, et la complexité des liens et des sentiments du couple aimant. L’amour de Georges (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Emmanuelle Riva) n’est pas discutable, il est évident dès le début du film par de nombreuses attentions ou des mots en apparence anodins qu’ils ont l’un pour l’autre. La douceur de leurs échanges est ce qui nous touche d’emblée en nous faisant adhérer à l’histoire.
Si la scène de début, nous interpelle immédiatement c’est qu’elle montre une salle de théâtre qui attend le début du spectacle, puis qui réagit aux premières notes du récital de piano qui est donné ce soir là. C’est la seule ouverture à l’extérieur (à l’exception du séjour à l’hôpital qu’Anne abhorre tellement, et la scène finale). Le film réussit en effet le tour de force de ne se dérouler qu’à l’intérieur d’un appartement haussmannien de taille honnête, mais dont on a bien vite compris les moindres méandres. Anne est victime un matin d’une attaque cérébrale, et dès le début en nous annonçant la fin, Michel Haneke laisse entendre que le film détaillera l’évolution de sa maladie.
Anne est une femme forte et digne, dont l’autorité est certaine. Ses échanges avec son mari tout comme le respect de ses anciens élèves le laissent entendre. C’est elle qui va nous surprendre, et nous faire réagir. Que nous soyons, comme les autres, ceux qui sont en dehors du couple : Alexandre (Alexandre Tharaud), l’ancien élève d’Anne ou Eva (Isabelle Huppert) leur fille qui impuissante devant la maladie, s’insurge contre son père, les traitements, le système… terrifiés par la décrépitude de cette femme respectable, ou angoissés par identification, par ce que l’on peut soi-même devenir. C’est là en effet une réflexion sur la fin de vie qui parait nous toucher de plein fouet sans prévenir, Anne était parfaitement maitre de ses facultés quelques minutes auparavant.

Ici c’est le couple comme entité qui est analysé : autarcique pour survivre, il est agité de sentiments contradictoires. Georges assure à Anne qu’elle ne le dérange pas, il se met en quatre pour elle, il prend soin d’elle autant qu’il peut se faisant aider le cas échéant par des infirmières. Mais parfois, la situation est pesante et elle l’insupporte. Inversement, Anne pense s’en sortir seule, mais elle constate avec colère qu’elle est dépendante. Par moment, les histoires et les souvenirs qu’ils évoquent nous émeuvent : lui racontant des histoires qu’il ne lui a jamais encore confiées, elle le décrivant « très sérieux ». C’est ici une très belle réflexion sur ce que l’on a été à deux. Dans cet examen minutieux du rapport à deux, se dessine lentement mais dès le début, lorsqu’Anne exprime sa lassitude par rapport à la situation, la question morale de l’euthanasie. C’est la question qu’on se pose finalement durant tout le film, est-ce envisageable ?
L’assistance accompagne ce couple magnifique et vibre
pendant le film, chacun à des moments différents, partageant l’émotion tantôt en riant, tantôt avec un pincement au cœur, tantôt en versant une larme. Le déroulement de l’intrigue entre en résonnance chez chacun d’une manière particulière et signe le début d’une réflexion personnelle

A voir :
Amour, de Michel Haneke, film français (2h05)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *