Ai Weiwei – Entrelacs au Jeu de Paume

Intrigué par les [Study of perspective, 1995-2010] où les grands monuments mondiaux servent d’arrière-plan à un doigt d’honneur du photographe, on peut aborder l’exposition vierge de toute connaissance de l’œuvre d’Ai Weiwei. L’exposition apparait comme un album photo : la profusion d’images dépeint aussi bien les événements historiques qu’Ai Weiwei a couverts, qu’elle retrace en filigrane sa vie, ses rencontres et son évolution personnelle comme en témoignent ses nombreux autoportraits. On part de l’[East 3rd Street Apartment] comme théâtre de ses [New York photographs 1983-1993] : les scènes de vie, les rencontres, sont répertoriées comme si elles étaient déjà des souvenirs de jeunesse ; pour être ensuite spectateurs d’une photographie documentaire qui dépeint les aspects plus noirs de la vie new-yorkaise. A son retour à Pékin il devient rapidement le chef de file d’un mouvement qui milite pour des formes d’expression plus libres. Il documente aussi bien des pratiques que ses projets personnels. Les [Provisional Landscapes , 2002-2008] montrent comment le gouvernement de Chine construit et détruit des immeubles, des zones d’activités sur des terrains en sa possession et du même coup l’opposition entre le caractère éphémère des constructions et la permanence des lieux. S’inscrivant lui-même dans l’histoire de son pays, Weiwei consigne les étapes de la construction du [Beijing Airport Terminal 2002-2007] et du [Bird’s Nest 2005- 2008], le stade olympique de Pékin, auxquelles il participe comme consultant artistique à l’occasion des Jeux Olympiques de 2008. Occupant des pans de murs entiers de l’exposition, les [Fairytales Portraits] sont exécutés pour la Documenta 12, exposition d’art contemporain. Ce projet a consisté à faire venir 1000 chinois en Europe pour une performance, les photos les présentent en train de réaliser la démarche d’obtention de leur visa en Chine. Enfin, avec les [Blog Photographs, vers 2005-2009] et les [Cell Phone Photographs, 2009-2010] Ai Weiwei réduit les circuits de diffusion et livre une photographie immédiate sur Twitter. L’information se propage plus vite désormais dans une société chinoise où la censure est omniprésente. La photo n’introduit pas d’intermédiaire entre le spectateur et le monde, au contraire elle donne le monde de manière immédiate. Son sujet mêle les événements et les gens perçus par Ai Weiwei, mais plus que son simple regard, elle l’implique directement.

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