Act & ReenAct, Act: Gilles Caron, ReenAct: Alexander Gronsky, à la Polka galerie (Paris 3)

C’est sur fond de conflit, sur le terrain même, que deux photographes sont réunis à la Polka Galerie. D’une part, Gilles Caron, le photojournaliste des années 60. Il couvre de grandes guerres telle que celle du Vietnam, la guerre des Six Jours, le Biafra, le Tchad et l’Irlande du Nord. A cette époque, la photo de guerre se transforme, l’ennemi laisse sa place aux civils. La photographie dans ce domaine doit s’adapter, et le regard des artistes doit proposer quelque chose de nouveau. D’autre part, Alexander Gronsky, que j’ai découvert ici même, jeune photographe estonien, dont les images minimales, où la blancheur domine, révèlent ses réflexions sur les effets de l’environnement sur les populations locales.

Deux artistes issus de deux générations qui traitent à travers leur travail, de la place de la photographie de guerre dans l’art. Exploration des frontières entre l’art et l’information, l’exposition flirte avec la documentation d’un événement historique, la teneur critique du regard de l’artiste et la dimension esthétique des images saisies sur le terrain.

La Polka galerie se divise en deux pièces d’exposition, la première directement sur la rue Saint Gilles, présente le travail, courageux, de Gilles Caron. Ses images expriment sa bonne connaissance du front, dont il capte toute la tension, l’atmosphère et l’insoutenable cruauté. Son jugement est clair, il dénonce l’abbération de la guerre, sa violence inutile, et son injustice. Il couvre en effet de nombreux conflits pour la presse française et internationale.

Gilles-Caron-Vietnam-67

Dans son regard, se lisent ce qui pétrit les combats moderne : violence, révolte, désespoir, peur… Michel Poivert dit ainsi  dans « Le conflit intérieur » (éd. Photosynthèses) que « Caron a construit, pour une part intuitivement et pour une autre de façon réfléchie, un propos au travers de ses images. » Les photos présentées représentent la carrière intense et fulgurante de ce photographe.

Reenact_ Alexander Gronsky

Dans « Reconstruction »  (2013), Alexander Gronsky présente son dernier travail où il saisit un même lieu à différents moments. Il cherche ainsi à compresser l’action et la durée pour le résumer en une seule œuvre. Il dénonce ainsi le rapport des hommes à la guerre, et ce que permet et entretient la société. Chacun des protagonistes des scènes qu’il montre, s’appuie davantage sur des représentations, que sur un vécu réel de ce type d’événements. Alexander Gronsky critique par sa démarche le point de vue du touriste qui perd le sens des réalités et vient à s’extasier devant des reconstitutions de scène de guerre meurtrière.

Reconstruction »  (2013), Alexander Gronsky

Le paysage enveloppé de neige, retient les traces des événements. Sa blancheur accueille les pires scènes où se mêle fumée noire, feu, destruction. C’est aussi le support de compositions minimalistes et le gardien de la mémoire collective.

A voir :
Act & ReenAct, Act: Gilles Caron, ReenAct: Alexander Gronsky
Polka Galerie
12 rue Saint Gilles
75003 Paris

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