A la merveille (Terrence Malick)

Un film inhabituel et intrigant.
Fait d’une succession d’images contemplatives, fugaces, et pleines d’émotions diverses, qui agissent comme des impressions, il nous emmène sur les traces de ses personnages dansants, changeants et diaphanes.
L’histoire ? Celle d’une vie peuplée de sentiments, d’émotions et de rencontres. Curieux de savoir là où on souhaite nous mener, c’est avec attention qu’on attend de saisir le principe du film. Au fil des mouvements de la caméra qui nous embarque dans une expérience de vie, nous comprenons que les mots ne seront pas dits, que ce sont les gestes, les attitudes et les expressions qui font la narration.

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Au début Paris ensoleillé, dont on reconnait les rues, l’animation, les monuments et qui semble se prêter idéalement à des débuts amoureux. La saison estivale colore les robes, fait voler les jupes, et donne le sourire aux habitants. L’amour naissant rend Marina radieuse, elle court, se cache et danse.La caméra suit le regard de Neil, détaille sa compagne, son regard n’est pas haut, il est rasant. Le couple part pour un week-end au Mont Saint-Michel par un temps où le ciel et la mer se confondent. On suit leur ascension jusqu’au sommet, leur pas dans la neige, leurs sensations au toucher des rosiers, et puis cette image incroyable de rebondir sur le sable de la plage imprégné d’eau. Le monde semble mouvant, il semble pouvoir se mouler à leurs désirs. Au sein de ce couple, il y a Tatiana la fille de 10 ans de Marina. Tous trois partagent leurs vies, s’aiment, jouent, s’inventent leur propre monde. Puis, au cours d’une promenade dans un parc de Paris, Neil leur propose de partir vivre aux Etats-Unis. Marina et Tatiana sautent de joie. C’est dans l’Oklahoma qu’ils poursuivent « leur bout de chemin ensemble » comme le dit Marina. Là-bas tout est plus grand et plus vide. Les espaces sont découpés géométriquement dans la ville, les champs s’étendent non loin de chez eux, leur maison compte beaucoup de pièces. Malgré le bon accueil que leur font les gens (voisins, copains de classe…) quelque chose se ternit et cela commence par Tatiana. Elle semble ne pas s’intégrer, malgré la volonté qu’elle met, dans ce nouvel environnement. L’assombrissement des personnages se fait progressivement, et une ombre passe entre eux. Ils s’échappent les uns aux autres. A l’image du phénomène que Neil tente de montrer à Tatiana dans le ciel, l’ombre de la terre sur l’atmosphère. Dans le couple on sent aussi la fissure. Les moments d’indifférence, l’attente de réactions de l’autre, et la tristesse. Marina quitte alors les Etats-Unis et rentre à Paris. Pendant que leur couple s’est dissout, Neil retrouve et fréquente une amie d’enfance, Jane. Elle aussi lui apporte un petit grain de folie, de la couleur vive dans ce paysage pastel des champs de blé. Il mettra un terme à leur relation, et ne la reverra plus, lorsque Marina décide de revenir vivre avec lui pour éprouver leur couple, jusqu’à l’épuiser.

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Comme dans la vie, le film oscille entre deux extrêmes, la joie et la tristesse, l’amour et la haine, le confort et la solitude. Au cours du film, deux silhouettes d’hommes se dressent, celle de Neil (Ben Afflek) et du le Frère Quintana (Javier Bardem), toutes deux mues par un questionnement profond sur leurs vies, s’effaçant devant ce qu’ils contemplent. Neil réussit à incarner ces deux extrêmes. Il est insondable, à la fois idéal mais aussi prostré dans son silence, il se cache derrière la muraille de son corps. Autour de lui les femmes tournoient, rient, pleurent, vivent. Quelque soit leurs âges ou la relation qu’elles entretiennent avec lui. En creux, dans ce cheminement des personnages se lie la peur que l’on traduit en fuite, on la voit à l’oeuvre dans les déménagements successifs, dans les installations inachevées au cours desquelles on ne défait pas les cartons. Dans ce tâtonnement de vie, on voit comment les personnages se cherchent, en même temps qu’ils essaient de s’accrocher à un repère : quelqu’un qu’ils ont connu, quelqu’un avec qui ils ont été). On voit comment le couple est une bénédiction en même temps qu’un « devoir » (comme le rappelle le Frère Quintana), comment il épanouit et révèle un être, et comme il peut l’étouffer. En filigrane se pose la question de la maternité, à tous les niveaux et à travers les problématiques des héroïnes. Dans le cas de Jane qui a perdu sa petite fille, celui de Marina qui doit composer avec sa fille de dix ans et réussir à entretenir son couple. Cette question suggérée aussi par la pose du stérilet, qui sera faite dans le silence.

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Face à cette narration embarquée, à ces images à l’esthétique parfaite, à ces personnages rendus beaux, et surtout à ce questionnement assourdissant sur la vie, on peut être désarçonnés. Bousculés dans nos habitudes. Mais curieusement son enchainement d’images, et sa succession d’expressions fortes et de sentiments, rentrent en résonance en nous, et résonne avec le risque de nous émouvoir intensément et par surprise.

A voir :
A la merveille, un film américain de Terrence Malick (1h52)

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